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    May 06

    Programme politique




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    Quelques mesures au-delà des idéologies et des clivages droite-gauche pour des partis politiques en panne d'idées et qui souhaiteraient réellement résoudre les problèmes, au service de l'intérêt général.

    Economie

    Equilibrer la mondialisation, lutter contre les délocalisations, inciter les entreprises à des comportements plus "éthiques"

    - Restaurer les protections douanières, seul moyen efficace pour lutter contre les délocalisations, en instaurant des droits de douane proportionnels aux différences de conditions sociales et environnementales.

    - Fiscaliser les charges sociales afin qu'elles cessent d'être un frein à l'emploi et à l'augmentation des salaires. Les charges sociales doivent être proportionnelles au chiffre d'affaire des sociétés au lieu de leur masse salariale.

    - Obliger les entreprises qui délocalisent à rembourser les subventions ou les allègements de charges qu'elles ont perçues pendant les 10 années qui précèdent la délocalisation.

    - Supprimer les subventions aux entreprises sans contreparties en faveur de l'emploi.

    - Loi pour limiter les écarts de salaires (pour restaurer le sentiment de justice, la confiance, et la motivation des salariés). Un écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le plus élevé est un maximum. Actuellement, cet écart est de 1 à 200.
    Un écart de 1 à 10 serait optimal pour un bon équilibre social et pour limiter l'inflation alimentée par l'excès de richesse des riches.

    - Création d'un label officiel "d'entreprise éthique" ou "d'entreprise citoyenne", que les entreprises pourraient apposer sur leurs produits ou dans leurs publicités. Le lancement du label devra être soutenu par une importante campagne de communication dans les médias, afin de rendre le label populaire, et donc déterminant pour les ventes des entreprises.

    - Loi sur l'étiquetage des produits qui rendrait obligatoire la mention d'informations sociales, en mentionnant le profit réalisé par l'entreprise, les emplois créés ou supprimés durant les cinq dernières années, la part d'utilisation de main d'œuvre sous-payée ou sans protection sociale, et l'écart entre les plus hauts salaires et les plus bas salaires dans l'entreprise.

    - Réforme globale de la fiscalité des entreprises pour favoriser les activités positives et non-préjudiciables pour l'intérêt général.

    Réformer l'état et assainir les finances publiques

    - Assainir le budget de la Sécurité Sociale par une politique de prévention des maladies
    (élimination des polluants et agents chimiques de l'alimentation industrielle, promotion d'une alimentation saine, de l'agriculture biologique et des circuits de distribution Bio).
    Lutter contre les dépenses médicales inutiles voire nuisibles (prescriptions de médicaments inutiles, dangereux, ou en excès, au grand bénéfice des firmes pharmaceutiques - interventions chirurgicales abusives, séjours à l'hôpital pouvant être remplacés par une hospitalisation à domicile, etc.)

    - Alléger le train de vie de l'état et mettre fin à la corruption généralisée sur les marchés publics. Réduire les dépenses fastueuses ou protocolaires, le luxe des appartements de fonction, les flottes de voitures avec chauffeurs des administrations, préfectures et ministères. Supprimer les administrations et "commissions" inutiles et dont la principale fonction est de permettre aux hommes politiques de caser des "amis" au frais de l'état. Restaurer un contrôle de l'état sur l'utilité réelle des travaux publics décidés par les régions, les départements et les communes.

    - Réduire le nombre de fonctionnaires (par non-remplacement des départs en retraites) en augmentant la productivité de l'administration, et simultanément, garantir le maintien des services publics. Augmenter par contre le nombre d'enseignants et le personnel hospitalier.

    - Utiliser les excédents budgétaires éventuels pour réduire l'endettement de l'état.

    Améliorer la situation économique des "citoyens ordinaires"

    - Rétablir un contrôle des prix dans les secteurs du logement et de l'alimentation pour restaurer des niveaux de prix normaux par rapport aux salaires. Imposer une baisse des prix à ces deux secteurs, principaux responsables d'un appauvrissement sans précédent des citoyens ordinaires.
    Pour restaurer le pouvoir d'achat, la meilleure solution est de baisser les prix, plutôt que d'augmenter les salaires et d'encourager ainsi les délocalisations et l'inflation.

    - Indexer le prix des loyers et des produits de base sur les salaires.

    - Interdire la spéculation boursière sur l'immobilier, les matières premières et les produits agricoles.

    - Interdiction des biocarburants, pour mettre fin à l'envolée des prix agricoles.

    - Déclarer "priorité nationale" non pas la sécurité routière mais la réduction radicale du nombre de chômeurs ou précaires, et réduire à zéro le nombre de SDF.

    - Construction massive de logements par l'état afin de faire revenir les prix immobiliers à un niveau raisonnable (compatible avec le niveau moyen des salaires), en rétablissant un équilibre entre l'offre et la demande de logements.

    - Créer un fond de garantie de l'état pour couvrir les impayés de loyer et inciter ainsi les propriétaires à louer les logements vacants, en leur permettant également d'exiger moins de garanties de la part des locataires, ces garanties étant un facteur d'exclusion dans un contexte de précarisation des emplois.

    - Instituer un revenu minimum inconditionnel et une couverture-maladie universelle et sans flicage administratif en contrepartie. L'idéal serait d'instaurer ce revenu minimum au niveau mondial en le finançant par une taxe sur les transactions financières (taxe Tobin).

    - Encourager l'augmentation des salaires par la limitation de 1 à 20 de l'écart entre le salaire le plus élevé et le plus bas dans une entreprise. Ainsi, les patrons seraient contraints d'augmenter le salaire de leurs salariés pour pouvoir augmenter leur propre salaire (et satisfaire leur avidité insatiable).

    - Interdiction aux entreprises d'utiliser des stagiaires non-rémunérés lorsque ceux-ci effectuent un travail similaire à celui d'un salarié. Tout travail doit être rémunéré, en respectant le salaire horaire minimum prévu par la loi. En conséquence, un stage non-rémunéré ne doit être possible qu'en l'absence de charge de travail et de contraintes pour le temps de présence.

    Favoriser l'emploi, l'innovation, et l'utilisation des talents

    - Favoriser l'accès à la formation permanente. Créer des universités de formation permanente, ouvertes à tous et à tout âge, pour permettre l'acquisition de connaissances et de compétences tout au long de la vie.

    - Simplification administrative drastique pour la création d'entreprises. Permettre la création d'entreprise en une journée et avec un seul formulaire, comme c'est le cas aux Etats-Unis.

    - Dispenser totalement de charges sociales et d'impôts les nouvelles entreprises pendant leur première année d'existence, et accorder une exemption de 50% pendant la 2è année.

    - Assouplir les possibilités de licenciement pour les entreprises, mais seulement en cas de difficultés et non pour délocaliser ou augmenter les profits. En contrepartie, augmenter la protection sociale en cas de licenciement (augmentation du montant et de la durée des allocations-chômage)

    - Supprimer l'ensemble des contrats précaires ("CDD" et autres) et faire respecter les lois qui limitent l'utilisation de l'intérim.

    - Limitation en pourcentage des profits que les entreprises peuvent distribuer à leurs actionnaires, afin que ces profits soient davantage utilisés pour l'investissement. Actuellement, à cause de l'avidité croissante des actionnaires (souvent des fonds d'investissement), les entreprises consacrent une part de plus en plus réduite de leurs profits à l'investissement et la recherche.

    - Orientation des subventions vers les PME plutôt que vers les grandes entreprises (qui sont les premières à délocaliser).

    - Aide aux PME et aux citoyens pour la recherche et l'innovation, avec une prise en charge par l'état des frais de dépôt de brevets.

    - Encourager le développement de circuits économiques alternatifs et l'économie de proximité.
    Les exclus du système économique classique demeurent des producteurs-consommateurs potentiels. Or leurs besoins ne sont pas satisfaits et leur capacité de travail n'est pas utilisée. La solution est de développer un second circuit économique capable de répondre à ces besoins et donner l'occasion à chacun d'apporter ses compétences et son savoir faire à la société.

    Démocratie et Gouvernance

    clip_image009- Instaurer une démocratie participative en facilitant la remontée des informations des citoyens vers le pouvoir (boites à idées, cahiers de doléances, médiateurs...)

    - Appliquer les principes d'une "politique cybernétique"

    - Communication: traiter les citoyens en adultes. Plutôt que des formules ronflantes et des grands mots creux, leur dire exactement ce que le gouvernement va faire, pourquoi, comment, pour quels résultats escomptés.

    - Ramener la durée du mandat des députés à 3 ans, et idéalement à 1 an. Les élections doivent avoir lieu plus souvent, car l'évolution du monde et de la société est beaucoup plus rapide que dans le passé. Un pouvoir élu pour une durée trop longue donne le sentiment aux gouvernants qu'ils peuvent gouverner impunément contre l'intérêt général et les aspirations du peuple.

    - Le programme électoral des élus politiques doit tenir lieu de contrat avec les électeurs. En cas de trahison de ce programme, le gouvernement doit être destitué et de nouvelles élections doivent être organisées.
    Les élections et la démocratie ne retrouveront un sens que lorsque les électeurs sauront précisément pour quel programme ils votent, au lieu de donner des chèques en blanc à des dirigeants corrompus qui se hâtent de servir des
    intérêts particuliers sitôt élus.

    - Le dévoiement du pouvoir politique par les élites économiques rend nécessaire de proclamer la séparation de l'Entreprise et de l'Etat, en rendant illégaux le lobbying et l'appartenance des agents de l'état à des entreprises ou à leurs réseaux et organisations occultes.

    - Permettre aux citoyens de décider d'une partie du budget de l'état, en indiquant sur leur déclaration d'impôt la répartition qu'ils souhaitent entre les ministères, selon les projets proposés par ces derniers. Chaque année, le Parlement voterait dans un premier temps un budget portant sur 80% des dépenses, les 20 % restants étant ensuite attribués par les citoyens, leur permettant de rééquilibrer les décisions de leurs responsables politiques.

    Droits de l'homme et Justice

     

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    Juge du procès d'Outreau qui a abouti à l'acquittement de 12 innocents dont la vie a été détruite par 2 années de détention préventive

    - Renoncement à la biométrie, à INES (la carte d'identité biométrique française), et à la vidéosurveillance hors des lieux sensibles (aéroports, gares, métro, centres commerciaux)

    - Suppression des lois Perben et Sarkozy

    - Supprimer les peines de prison pour des infractions routières, et plus généralement, mettre fin à la "criminalisation du citoyen ordinaire"

    - Suppression des radars automatiques et arrêt de la répression hystérique contre les automobilistes

    - Répression plus sévère des violences policières (BAC, bavures, utilisation injustifiée des flash-balls ou des pistolets électriques paralysants). Instaurer un code de bonne conduite pour les policiers et les juges.

    - Constitutionnaliser le droit à disposer de son corps, ce qui inclut l'avortement, l'euthanasie, le droit à refuser les implants, ou droit d'absorber les substances de son choix (y compris des drogues, le rôle de l'état n'étant pas de protéger les individus contre eux-mêmes mais seulement de les empêcher de nuire à autrui)

    - Restaurer le caractère exceptionnel de la détention préventive, dont l'utilisation systématique en France constitue une grave atteinte aux droits de l'homme, dès lors qu'une personne peut être emprisonnée pendant des années sans jugement.

    - Restaurer des conditions de détentions décentes dans les prisons. Mettre fin à la surpopulation carcérale grâce à la fin des détentions préventives systématiques et par la légalisation des drogues douces. Actuellement, un tiers des prisonniers sont en détention préventive, et un autre tiers est condamné (ou en attente de jugement) pour des affaires liées à l'interdiction du cannabis.
    Ces mesures permettraient de diviser par 2 le taux d'occupation des prisons, et de désengorger considérablement les tribunaux.

    - Accélérer la Justice. Fixer une durée maximum de 6 mois pour le traitement d'un dossier. En cas de dépassement de ce délai à cause de difficultés dans l'instruction, l'administration judiciaire devra démontrer qu'un nombre suffisant de ses agents travaillent sur le dossier.

    - Prise en charge des frais de justice pour les personnes à revenu modeste, afin que le coût du recours à la justice ne soit plus dissuasif pour faire respecter ses droits.

    - Interdiction pour les entreprises de recueillir, d'utiliser ou vendre des informations génétiques personnelles (notamment pour le fichage génétique des salariés, ou pour déterminer des critères d'embauche). Interdiction pour les entreprises de commercialiser ou d'échanger des fichiers de données sur les personnes.

    - Interdiction des puces RFID et des implants.

    Environnement
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    - Augmenter massivement les investissements publics et encourager les investissements privés pour la recherche et le développement de nouvelles sources d'énergies alternatives au pétrole.

    - Loi sur l'étiquetage des produits qui rendrait obligatoire la mention d'informations écologiques, en mentionnant les pollutions et les destructions de l'environnement engendrées par la fabrication du produit, ainsi que la quantité de combustibles fossiles nécessaires à sa fabrication.

    - Promouvoir un plan mondial pour une reforestation massive, afin de réduire le CO2 en excès dans l'atmosphère (le CO2 étant capturé par les arbres et fixé dans leur bois)

    - Interdiction de la culture et de la commercialisation des OGM

    - Interdiction des dépôts de brevets sur les espèces vivantes et sur le génome humain

    - Interdiction du clonage et des hybrides (mélange de gènes animaux d'espèces différentes, ou de gènes animaux avec des gènes végétaux)

    - Encouragement de l'agriculture "bio" et de ses réseaux de distribution par des subventions et des allègements fiscaux

    - Instaurer une taxe sur les pollutions industrielles et agricoles.

    - Réforme globale de la fiscalité des entreprises en la rendant proportionnelle aux nuisances écologiques.

    - Taxe sur les voitures les plus polluantes. Cancérigènes et bruyants en plus d'être polluants, les diesels doivent être progressivement éliminés par la taxe sur la pollution et par un prix au litre supérieur à celui de l'essence.

    - Réduction du trafic des poids-lourds par un développement massif du ferroutage

    - Renforcement de la protection des paysages et des sites naturels.

    - Limitation de l'urbanisation inutile, notamment en éradiquant la corruption qui encourage le bétonnage du fait des commissions occultes sur les marchés publics ou les permis de construire accordés aux promoteurs immobiliers.

    Sécurité
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    - Taxe sur la violence à la TV. Taxer chaque scène de meurtre, torture, viol, etc... proportionnellement aux peines prévues pour ces actes dans le code pénal, et en pourcentage des recettes publicitaires de la chaîne concernée.
    En France, un enfant de 14 ans a vu en moyenne depuis sa naissance 18.000 meurtres à la télévision. La forte augmentation des violences graves chez les 8-14 ans, constatée actuellement dans tous les pays occidentaux, ne doit pas être considérée comme surprenante. Elle évolue au même rythme que l'utilisation de la violence par la télévision dans sa course à l'audience. Elle ne peut être imputée aux seules conditions sociales, car elle intervient à un âge de plus en plus précoce, auquel les pulsions criminogènes n'existent normalement pas encore.

    - Taxe sur la violence dans les jeux vidéo

    - Faire en sorte que l'état, les dirigeants politiques, et les entreprises donnent l'exemple pour le respect de la vie humaine et le respect de la loi.

    - Supprimer l'exemption de peines de prison pour les mineurs délinquants. Pour éviter le contact avec un milieu carcéral criminogène, les mineurs condamnés doivent être placés dans des centres de détention réservés aux mineurs.

    - Réprimer moins sévèrement les délits sans dommage direct à autrui, mais beaucoup plus sévèrement les crimes et délits avec violence. Instaurer la prison à perpétuité pour les actes de barbarie, l'individu qui les commet n'étant pas digne d'être considéré comme appartenant à l'espèce humaine.

    Politique étrangère
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    clip_image017- Supprimer la dette des pays du Tiers Monde qui accepteraient de signer une "Charte pour le 21è siècle", un Pacte Mondial de coopération portant sur:


    - Le respect des droits de l'homme
    et de la démocratie
    - La limitation de la part des dépenses d'armement des états à un certain pourcentage des dépenses pour l'éducation, la culture, le social.
    - Le respect de l'environnement, la protection des espaces naturel vitaux pour la planète (qui appartiennent à ce titre au patrimoine commun de l'humanité).

    - Echanger la dette des pays du Tiers monde contre l'établissement de
    réserves écologiques protégées.

    - Conditionner les aides économiques au respect des droits de l'homme et de l'environnement

    - Réorienter la politique du FMI et de la Banque Mondiale vers le développement durable et la préservation des richesses environnementales.

    Note : Un "programme politique" doit être réalisable dès maintenant, et doit avoir la capacité de susciter un consensus dans l'opinion. C'est pourquoi ce programme ne va pas aussi loin qu'une utopie, il est simplement un premier pas possible vers cette utopie...

    May 04

    ORGANISATIONS DES MAITRES DU MONDE

    Le Groupe de Bilderberg

     

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    La première réunion du Groupe de Bilderberg, à Oosterbeck en 1954

     

    Le Groupe de Bilderberg a été fondé par en 1954 à l'Hôtel Bilderberg à Osterbeek à l'invitation du Prince Bernhard des Pays-Bas, co-fondateur du Groupe avec David Rockefeller.

    Le Groupe de Bilderberg est sans doute le plus puissant des réseaux d'influence. Il rassemble des personnalités de tous les pays, leaders de la politique, de l'économie, de la finance, des médias, des responsables de l'armée ou des services secrets, ainsi que quelques scientifiques et universitaires.

    Très structuré, le Groupe de Bilderberg est organisé en 3 cercles successifs.
    Le "cercle extérieur" est assez large et comprend 80% des participants aux réunions. Les membres de ce cercle ne connaissent qu'une partie des stratégies et des buts réels de l'organisation.
    Le deuxième cercle, beaucoup plus fermé, est le Steering Committee (Comité de Direction). Il est constitué d'environ 35 membres, exclusivement européens et américains. Ils connaissent à 90% les objectifs et stratégies du Groupe. Les membres américains sont également membres du CFR.
    Le cercle le plus central est le Bilderberg Advisory Committee (Comité consultatif). Il comprend une dizaine de membres, les seuls à connaître intégralement les stratégies et les buts réels de l'organisation.

    Pour ceux qui enquêtent sur les réseaux de pouvoir, le Groupe de Bilderberg est un véritable gouvernement mondial occulte. Au cours de ses réunions, des décisions stratégiques essentielles y sont prises, hors des institutions démocratiques où ces débats devraient normalement avoir lieu. Les orientations stratégiques décidées par le Groupe de Bilderberg peuvent concerner le début d'une guerre, l'initiation d'une crise économique ou au contraire d'une phase de croissance, les fluctuations monétaires ou boursières majeures, les alternances politiques dans les "démocraties", les politiques sociales, ou encore la gestion démographique de la planète. Ces orientations conditionnent ensuite les décisions des institutions subalternes comme le G8 ou les gouvernements des états.

    Les membres du Groupe de Bilderberg s'appellent eux-mêmes les "Bilderbergers". Ils sont choisis uniquement par cooptation. Le Groupe de Bilderberg se réunit une fois par an pendant environ 4 jours. Les réunions ont lieu chaque année au printemps dans une ville différente, mais toujours dans des châteaux ou des hôtels luxueux, entourés d'un parc ou situés en pleine nature, et si possible équipés d'un golf. Les réunions sont protégées par plusieurs centaines de policiers, militaires, et membres des services spéciaux du pays d'accueil. Si la réunion a lieu dans un hôtel, celui-ci est vidé de ses occupants une semaine avant l'arrivée des Bilderbergers. Les invités sont déposés par un ballet d'hélicoptères noirs et par des limousines aux vitres fumées avec la lettre "B" sur le parre-brise.

    Les discussions se tiennent à huis-clos. Quelques journalistes dévoués à la "pensée unique" peuvent être parfois présent, mais rien ne doit filtrer des discussions. Il est interdit de prendre des notes ou de faire des déclarations à la presse. Mais quelques photographes arrivent parfois à prendre des photos à l'extérieur, au moment de l'arrivée des invités.

    La réunion 2004 du Groupe de Bilderberg s'est déroulée du 3 au 6 Juin (juste avant la réunion du G8) à Stresa dans le nord de l'Italie près de la frontière suisse, dans un palace sur les rives du Lac Majeur, le "Grand Hotel des Iles Borromées".

    En 2003, la réunion avait lieu en France du 15 au 18 Mai, au château de Versailles qui a été fermé au public pendant une semaine.

    Pour vous mettre dans l'ambiance, voici quelques images de l'évènement...

    Pour vous mettre dans l'ambiance, voici quelques images de l'évènement

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    Contrôles policier aux abords du château

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    Un agent de "sécurité rapprochée" et la pancarte d'interdiction d'accès

    clip_image008 Arrivée de David Rockefeller, co-fondateur du Groupe de Bilderberg.

    Le ballet des invités et de leurs limousines aux vitres fumées...

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    on reconnaît ci-dessus la Reine d'Espagne et Richard Perle
    (l'ex-conseiller de Bush et l'un des inspirateurs de la guerre en Irak)

    Il y avait aussi un petit train pour promener les distingués invités dans le parc du château...

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    à gauche, la reine Beatrix des Pays-Bas

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    à gauche, Willy Claes, ancien secrétaire général de l'OTAN

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    Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne
    et ancien gouverneur de la Banque de France

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    La première réunion du Groupe de Bilderberg, à Oosterbeck en …

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    La liste et les lieux est bien trop longue, je ne la met pas…

    March 10

    MOÏSE ÉTAIT UN SORCIER YAKI, SHOOTÉ AUX PLANTES HALLUCINOGÈNES

    Un chercheur israélien affirme que les Hébreux, à l’époque de Moïse, consommaient régulièrement des plantes hallucinogènes lors de leurs rites religieux.

    De leur part  c' est ça j' y crois, Si si___>>> Mais éclatez vous bien en lisant... Tout est naturel... Je vais allez à l' église tous les jours et redemander la baptême ... Je veux de cette huile d' onction... Peace and cool mes amis (es)...   Liberté de la légalité afin d' être tous fraternel... ____________________=  Vive le plane=____________!

     

    Et si la révélation par Dieu des 10 Commandements sur le Mont Sinaï, n’était que le fruit des hallucinations de Moïse, causées par l’usage répété de psychotropes ? C’est la théorie provocatrice que défend Benny Shanon dans la revue philosophique «Time and Mind». Ce professeur de l’Université hébraïque de Jérusalem soutient que les Hébreux, au temps de «l’existence» supposée de Moïse, utilisaient régulièrement des plantes hallucinogènes lors de leurs rites religieux.

    Les «voix, les flamboiements, la voix du cor et la montagne fumante» que les Hébreux aperçoivent, d’après la Bible (Livre de l’Exode), alors qu’ils campent autour du Mont Sinaï, ont rappelé au chercheur, ses propres expériences hallucinatoires en Amazonie après absorption d’ayahuasca, un breuvage à base de lianes que boivent les chamanes d’Amérique latine. «Avec l’ayahuasca, j’ai éprouvé des visions religieuses et spirituelles» souligne le professeur qui a consommé plus d’une centaine de fois la décoction. La transmission divine à Moïse des tables de la Loi serait donc, estime-t-il, le fruit d’une hallucination collective.

    «Lors de l’épisode du Mont Sinaï, le Livre de l’Exode mentionne que les Israélites perçoivent des sons, C’est un phénomène très classique dans la tradition de l’Amérique latine où l’on «voit» de la musique» fait remarquer Benny Shanon qui rappelle que depuis plus de 20 ans, des hypothèses lient l’apparition des religions avec l’usage de substances psychotropes. Or dans les déserts du Néguev et du Sinaï, poussent deux plantes hallucinogènes, le Harmal, toujours utilisée par les Bédouins, et l’écorce d’acacia qui provoquent les mêmes effets psychédéliques que ceux engendrés par l’ayahuasca.

    L’acacia est un arbre fréquemment cité par la Bible. Son bois a été probablement utilisée dans la construction de l’Arche d’Alliance, insiste le professeur. Pour ce dernier, un autre épisode fameux de l’Ancien Testament relèverait de la consommation de stupéfiants : le Buisson Ardent. «Moïse crut que le buisson n’était pas réduit en cendre par le feu, car sa perception du temps était altérée par la prise de psychotropes qui l’ont aussi persuadé qu’il parlait à Dieu». Toutefois, le berger, si on admet son existence, reste pour Benny Shanon un personnage exceptionnel : «Toute personne qui consomme des plantes hallucinogènes n’est pas capable de vous ramener la Torah, pour cela vous devez être Moïse».

     

    JESUS ETAIT UN HIPPIE FUMEUR DE PETARDS - C’EST PROUVE !

     

    On avait déjà Moïse qui se shootait a l’écorce d’acacia, maintenant Jésus qui s’enduisait à l’huile de ganja… tu vas voir qu’on va bientôt nous dire que Mahomet se fumait un one tous les matins sous tente tandis que Buddha se faisait des rails de coke (ou fumait les fleurs de Lotus)…

    Mise à jour : il paraît que cette info est fabriquée de toutes pièces par la synarchie cosmopolite (George Soros pour résumer) qui complote en secret pour pervertir notre jeunesse… (on va encore se faire taper par la police de la pensée parcequ’on cite des sites Internet pas corrects).

    Jésus consommait bien du cannabis…

    Jésus était vraisemblablement un consommateur de cannabis et l’un des premiers hommes à vanter les vertus médicinales de cette drogue. Il semblerait même que lui et ses disciples s’en soient servis pour opérer leurs guérisons miraculeuses.

    Selon un article de Chris Bennett paru dans le magazine spécialisé High Times sous le titre “Was Jesus a stoner ?” (Est-ce que Jésus se camait ?), l’huile d’onction qu’ils utilisaient contenait une substance appelée kaneh-bosem, qui a été identifiée comme un extrait de cannabis. L’encens employé par le Christ lors des cérémonies renfermait lui aussi un extrait de cannabis, poursuit Bennett en citant des universitaires à l’appui de sa thèse.

    “Le cannabis a sans aucun doute joué un rôle dans la religion judaïque”, déclare Carl Ruck, professeur de mythologie classique à l’université de Boston. A propos de sa présence dans les huiles d’onction, il ajoute : “Compte tenu des possibilités d’accès au cannabis et de sa longue tradition dans le judaïsme de l’époque […], c’est une substance qui ne pouvait qu’être présente dans les mélanges [chrétiens].” Bennett écrit que les individus oints des huiles utilisées par Jésus “baignaient littéralement dans cette puissante mixture. […] Bien que la plupart des gens préfèrent aujourd’hui le fumer ou l’ingérer, le cannabis peut être aussi absorbé par la peau quand ses substances actives sont introduites dans un composant huileux.”

    Citant le Nouveau Testament, Bennett écrit que Jésus enduisait d’huile ses disciples et les invitait à en faire autant avec les autres fidèles, ce qui pourrait expliquer les guérisons des maladies des yeux et de la peau mentionnées dans les Evangiles. “Si le cannabis était l’une des principales substances de l’ancienne huile d’onction […] et s’il a permis à Jésus de devenir le Christ et à ses disciples de devenir les chrétiens, alors on pourrait considérer la persécution des consommateurs de cannabis comme contraire au christianisme”, conclut Bennett.

    February 28

    Le message de Ben Laden

     

    Le message de Ben Laden

    8 septembre 2007

    Le monde selon Ben Laden est traversé par une lutte impitoyable entre deux systèmes. D’un coté le capitalisme - selon lui, le véritable terrorisme - qui par avidité provoque les guerres et le réchauffement climatique menant l’humanité à sa perte.

    De l’autre l’Islam, ordre indépassable car soumission au maitre et créateur de toutes choses, bienveillant envers les chrétiens et les juifs, à la différence de l’occident qui lui, porte la responsablité de l’holocauste.

    En un curieux mélange d’analyse marxiste et de théologie moyen-âgeuse, citant Chomsky et sans le nommer, Emmanuel Todd, il prédit à l’empire américain la même fin que l’Union Soviétique, fait l’analogie entre Bush et Brejnev, et appelle au renversement du capitalisme et à la soumission à l’Islam, seuls moyens de sauver l’espèce des menaces que les démocraties - manipulées par le pouvoir économique, dit-il - ne parviennent pas à combattre.

    Traduction du message video d’Oussama Ben Laden diffusé le 8 septembre, réalisée à partir de la transcription anglaise fournie par le Département de la Sécurité Intérieure. Nb : la traduction porte sur de très larges extraits, qui nous ont semblés les plus significatifs. Les lecteurs se reporteront à la version anglaise pour les passages non traduits.

    Message du cheikh Oussama Ben Laden au peuple américain

    (...) [Ben Laden rend grâce à Allah]

      

    Peuple d’Amérique, je vais vous parler de sujets importants qui vous concernent, donc prêtez moi l’oreille. Je commencerai en discutant de la guerre qui a lieu entre nous et par quelques une des répercussions qu’elle a pour vous et nous.

    En introduction je dis : bien que l’Amérique soit la plus grande puissance économique et possède également l’arsenal militaire le plus puissant et moderne, bien qu’elle dépense pour son armée et la guerre plus que ce que le monde entier dépense pour les armées, et bien qu’elle soit la nation la plus importante pour influencer les politiques dans le monde, comme si elle avait un monopole sur un injuste droit de veto ; et bien en dépit de tout cela, 19 jeunes hommes ont été capables de changer la direction de la boussole - par la grâce d’Allah, le plus Grand. Et de fait, la question des moujahidines est devenue un sujet incontournable dans les discours de vos dirigeants, et les conséquences et les manifestations de ceci sont visibles.

    Depuis le 11 septembre, nombre de politiques américaines ont été influencées par les moujahidines, et ceci par la grâce d’Allah. Le résultat en a été que les gens ont découvert la vérité au sujet de l’Amérique, que sa réputation s’est ternie, que son prestige mondial a été détruit et qu’elle a été saignée à blanc économiquement, même si nos intérêts recouvrent ceux des plus grandes entreprises et également ceux des néoconservateurs, bien que nos objectifs diffèrent.

    En ce qui concerne vos média, durant les premières années de la guerre, ils ont perdu leur crédibilité et se sont montrés les instruments des empires colonialistes, et leur situation a souvent été pire que celle des médias des régimes dictatoriaux qui marchent en caravane derrière un seul dirigeant.

    (...)

    L’un des éléments les plus importants dans les discours de Bush depuis les évènements du 11 septembre, c’est l’affirmation que les américains n’ont pas d’autres options que de continuer la guerre. Ce thème fait écho aux discours des néoconservateurs comme Cheney, Rumsfeld et Richard Pearle, ce dernier ayant déclaré précédemment que les américains n’ont d’autres choix en face d’eux que de continuer la guerre ou de faire face à un holocauste.

    Je dis, en réfutation de cette déclaration injuste, que la moralité [1] et la culture de l’holocauste sont votre culture, pas notre culture. De fait, brûler des êtres vivants est interdit par notre religion, même s’ils sont aussi petits que des fourmis, alors quand il s’agit d’hommes ! L’holocauste des juifs a été accompli par vos frères, au cœur de l’Europe, mais s’ils avaient été plus proches de nos pays la plupart des juifs auraient été sauvés en trouvant refuge chez nous. Et ma preuve, à l’appui de ceci, tient au fait que lorsque vos frères, les espagnols, ont établi l’horrible inquisition contre les musulmans et les juifs, les juifs n’ont pu trouver d’abri sûr qu’en cherchant refuge dans nos pays. C’est pourquoi la communauté juive au Maroc aujourd’hui est l’une des plus nombreuse au monde. (....)

    Vos frères chrétiens vivent également parmi nous depuis 14 siècles ; rien qu’ en Egypte , il y a des millions de chrétiens que nous n’avons pas brûlés et que nous ne brûlerons pas. Mais le fait est qu’une campagne continuelle et partiale a été menée contre nous depuis longtemps par vos politiciens et nombre de vos auteurs, à travers les mass-média, et tout spécialement Hollywood, visant à caricaturer l’Islam et ses fidèles pour vous éloigner de la vraie religion. Les génocides de peuples et leurs holocaustes ont eu lieu parmi vous ; seuls quelques indiens [d’Amérique] ont été épargnés et il y a quelques jours les japonais commémoraient le 62ème anniversaire de la destruction d’Hiroshima et Nagasaki par vos armes nucléaires.

    L’un des éléments qui retiennent l’attention de ceux qui observent les répercussions de votre guerre injuste en Irak, c’est la faillite de votre système démocratique, malgré ses slogans affichés de justice, liberté, égalité et d’humanitarisme. Non seulement il a échoué a accomplir cela, mais il a également détruit ces concepts - et d’autres - par les armes, de manière honteuse, en particulier en Irak et en Afghanistan, en leur substituant la peur, la destruction, le meurtre, la faim, la maladie, le déplacement [de réfugiés] et plus d’un million d’orphelins, rien qu’a Bagdad, sans parler de centaines de milliers de veuves. Les statistiques américaines mentionnent la mort de 650 000 personnes en Irak à cause de la guerre et de ses répercussions.

    Peuple d’Amérique, le monde est à l’écoute des informations [en provenance des USA] au sujet de votre invasion de l’Irak, car les gens ont appris récemment qu’après plusieurs années de tragédies dans cette guerre, la grande majorité parmi vous voulait qu’elle prenne fin. Vous avez donc élu le Parti Démocrate pour ce faire, mais les Démocrates n’ont effectué aucun changement qui vaille la peine d’être mentionné. Au contraire, ils continuent à donner leur accord pour dépenser des dizaines de milliards pour continuer les meurtres et la guerre ici, ce qui a affligé et déçu une grande majorité parmi vous.

    Nous voici au cœur de la question, et chacun devrait prendre le temps de réfléchir et de penser. Pourquoi les Démocrates ont-ils failli à arrêter cette guerre, bien qu’ils soient la majorité ?

    Je répondrai plus tard à cette question, après en avoir soulevé une autre :

    Pourquoi les dirigeants de la Maison Blanche sont-ils désireux de déclancher et mener des guerres de part le monde, et utilisent toutes les occasions possibles pour atteindre ce but, créant même par moment des justifications bâties sur des mensonges comme vous l’avez vu pour l’Irak ?

    Durant la guerre du Vietnam les dirigeants de la Maison Blanche affirmaient à l’époque qu’elle était nécessaire et cruciale, et pendant cette guerre Rusmfeld et ses aides assassinèrent deux millions de villageois. Lorsque Kennedy devint président et dévia de la ligne politique dessinée pour la Maison Blanche, et voulut arrêter cette guerre injuste, cela fâcha les propriétaires des grandes firmes qui bénéficiaient de la poursuite de la guerre.

    Donc Kennedy fut assassiné. Al Qaida n’existait pas à l’époque, mais il y avait ces entreprises qui furent les premiers bénéficiaires de ce meurtre. La guerre a continué ensuite durant approximativement une décennie. Ensuite, lorsqu’il devint clair que pour vous que c’ était une guerre injuste et non nécessaire, vous avez fait l’une de vos plus grandes erreurs, en ceci que vous n’avez jamais demandé de comptes ou punis ceux qui avaient mené cette guerre, même au plus grand de ses meurtriers, Rumsfeld. Plus incroyable encore, Bush l’a choisi comme Secrétaire à la Défense pour son premier mandat, après avoir choisi Cheney pour Vice Président, Powell comme Secrétaire d’Etat, et Armitage comme adjoint à Powell, en dépit de leur passé horrible et sanguinaire de meurtre. C’était donc un signal clair montrant que ce gouvernement - le gouvernement des généraux - n’avait pas pour souci premier de servir l’humanité mais était plutôt préoccupé de provoquer de nouveaux massacres. Malgré cela, vous avez permis à Bush de terminer son premier mandat, et plus étrange encore, l’avez choisi pour un deuxième, lui donnant un mandat clair, en pleine connaissance de cause et avec votre consentement, pour continuer à tuer les nôtres en Irak et en Afghanistan.

    Puis vous clamez que vous êtes innocents ! Cette innocence de votre part est semblable à mon innocence pour le sang de vos fils le 11 septembre, si je revendiquais une telle chose. Mais il m’est impossible d’être indulgent avec aucun d’entre vous pour l’arrogance et l’indifférence que vous montrez pour la vie humaine en dehors des USA, ou d’être indulgent pour les mensonges de vos dirigeants (...)

    Cette guerre était complètement non nécessaire, comme l’établissent vos propres enquêtes. Dans votre camp, parmi les plus compétents qui s’adressent à vous sur le sujet et sur la manipulation de l’opinion, se trouve Noam Chomsky. Il a donné des conseils raisonnables avant la guerre. Mais le dirigeant du Texas n’aime pas recevoir de conseils. Le monde entier s’est exprimé par des manifestations sans précédent pour mettre en garde contre le déclenchement de la guerre, et a décri sa vraie nature en des termes éloquents comme « ne pas verser le sang rouge pour de l’or noir, »mais il n’a pas écouté. Il est temps pour l’humanité de comprendre que les discours sur les droits de l’homme et la liberté sont des mensonges écrits à la Maison Blanche et ses alliés en Europe pour tromper les hommes, prendre le contrôle de leurs destinées et les soumettre.

    Alors, en réponse à la question sur les raisons de l’ échec des Démocrates à stopper la guerre, je déclare : ce sont les même raisons qui ont conduit à l’échec du président Kennedy pour arrêter la guerre du Vietnam. Ceux qui ont le véritable pouvoir et l’influence sont ceux qui détiennent le plus de capital. Dans la mesure où le système démocratique autorise les grandes entreprises à soutenir les candidats, que ce soit au Congrès ou à la présidence, il ne devrait y avoir aucune raison de s’étonner - et il n’y en a aucune - sur l’échec des Démocrates à arrêter la guerre. Vous êtes ceux qui ont pour dicton « l’argent a la parole. » Je vous le dis, après l’échec de vos représentants du parti Démocrate de mettre en œuvre votre souhait d’arrêter la guerre, vous pouvez continuer à brandir des pancartes contre la guerre et à vous répandre dans les rues des grandes villes, puis à rentrer chez vous. Mais cela ne sera d’aucune utilité et conduira à la prolongation de cette guerre.

    Malgré tout il existe deux solutions pour l’arrêter. La première, se trouve dans notre camp. Elle consiste à augmenter vos pertes et le combat contre vous. Il s’agit de notre devoir. Nos frères l’accomplissent et je demande à Allah de leur accorder la fermeté et la victoire. La deuxième solution est dans votre camp. Il est maintenant devenu clair pour vous, comme pour le monde, que le système démocratique est impuissant et qu’il se joue de l’intérêt des peuples et de leur vie en sacrifiant les soldats et les populations pour les intérêts des grandes entreprises.

    En ceci, il devient clair pour tous que ce sont elles les véritables tyrans terroristes. En fait, la vie de toute l’humanité est en danger à cause du réchauffement climatique qui provient pour une grande part des émissions des usines des grandes entreprises. Mais malgré cela, les représentants des entreprises à la Maison Blanche insistent pour que ne soit pas observé l’accord de Kyoto, tout en sachant que les prévisions parlent de la mort et de l’exode de millions d’êtres humains en raison [du réchauffement], en particulier en Afrique. La plus grande des plaies, la plus dangereuse des menaces à la vie a lieu de façon de plus en plus rapide, alors même que le monde est dominé par le système démocratique, ce qui confirme son échec massif à protéger les humains et leurs intérêts de l’avidité et de l’avarice des grandes entreprises et de leurs représentants.

    Malgré ces attaques honteuses contre les peuples, les dirigeants de l’occident, en particulier Bush, Blair, Sarkozy et Brown, continuent de parler de liberté et de droits de l’homme avec un mépris flagrant pour l’intelligence des être humains. Y a-t-il donc une forme de terrorisme plus forte, plus claire et plus dangereuse que celle-là ? C’est pourquoi je vous dis : comme vous vous êtes libérés vous-mêmes dans le passé de l’esclavage des moines, des rois et du féodalisme, vous devriez vous libérez vous-mêmes du mensonge, des fers et de la pression du système capitaliste.

    Si vous l’analysiez bien, vous verriez qu’au bout du compte il s’agit d’un système plus dur, plus féroce que vos systèmes du Moyen Age. Le système capitaliste cherche à transformer le monde entier en un fief pour les grandes entreprises, sous l’étiquette de la « globalisation, » afin de protéger la démocratie.

    L’Irak et l’Afghanistan et leurs tragédies ; l’écrasement de nombreuses personnes parmi vous sous le poids des intérêts des dettes, d’impôts déraisonnables et d’emprunts hypothécaires ; le réchauffement climatique et ses menaces ; la pauvreté horrible et la faim tragique en Afrique ; tout cela ne représente qu’un aspect du visage sinistre de ce système mondial.

    Il est donc indispensable que vous vous libériez vous-mêmes de tout ceci et cherchiez une méthode alternative, meilleure, dans laquelle ce ne soit pas les affaires réalisées par une classe quelconque dans l’humanité qui impose ses propres lois, à son propre avantage, et aux dépens des autres classes, comme c’est le cas avec vous. Car l’essence des lois faites par l’homme c’est qu’elles servent les intérêts de ceux qui détiennent le capital et font donc les riches plus riches et les pauvres plus pauvres.

    [suit une apologie de la religion islamique]

    Avant de conclure, je vous dis : Le nombre des penseurs qui étudient les évènements augmentent. Sur la base de leurs études, ils ont déclaré que l’effondrement de l’empire américain approchait.

    Parmi eux se trouve le penseur européen qui a anticipé la chute de l’Union Soviétique qui s’est bien sûr effondré. Il vous serait bénéfique de lire ce qu’il a écrit au sujet de qui advient après l’empire, pour ce qui concerne les Etats-Unis d’Amérique. Je veux aussi attirer votre attention sur le fait que parmi les raisons majeures de l’effondrement de l’Union Soviétique, se trouve le fait que qu’elle ait été affligée d’un dirigeant comme Brejnev, empli de fierté et d’arrogance, qui refusait de considérer les faits sur le terrain. Depuis la première année de l’invasion de l’Afghanistan, des rapports indiquaient que les russes perdaient la guerre, mais il a refusé de le reconnaître, (...) bien que ce refus non seulement ne change en rien la réalité pour les gens qui réfléchissent, mais aussi exacerbe les problèmes et accroît les pertes. Combien est-elle semblable, votre position aujourd’hui, relativement à la leur voila a peu près deux décennies. Les erreurs de Brejnev sont répétées par Bush qui, quand on lui demande la date du retrait des soldats d’Irak, dit que ce retrait n’aura pas lieu sous son règne, mais plutôt sous celui de son successeur. (...)

    Pour conclure je vous invite à rejoindre l’Islam, car la plus grande erreur que l’on peut faire dans ce monde, celle que l’on ne peut corriger, c’est de mourir sans s’être rendu à Allah, le plus Grand (...)

    January 03

    Ivan Illich (1926-2002)

     

    Révolutionnaire d'ultra gauche. Fils d'une mère juive séfarade et d'un père catholique croate, Ivan Illich est un prêtre catholique particulièrement brillant qui défroque pour se consacrer à la révolution anti-capitaliste.

    Un prophète oublié
    La mort d'Ivan Illich, penseur rebelle
    Autre point de vue

    Ivan Illich est un contestataire qui affirme être au service de la liberté, et de la responsabilité humaines menacées par la société industrielle. Il entend critiquer cette société sous ses divers aspects, ainsi s'en est~il pris notamment au système éducatif puis au système médical.

    Les nouveaux systèmes éducatifs qui sont sur le point d'évincer les systèmes scolaires traditionnels, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, lui paraissent être "des outils de conditionnement puissants et efficaces ~ qui produiront en série une main d'œuvre spécialisée, des consommateurs dociles, des usagers résignés" (La convivialité p.10).
    Ivan Illich pense que notre société industrielle est une société de surproduction et que la surproduction, dans le domaine médical comme dans le domaine scolaire, conduit à la destruction des valeurs fondamentales.

    Dans la société industrielle ce n'est plus l'homme qui travaille, façonne, par l'outil, c'est l'outil qui travaille l'homme :
    "Le monopole du mode industriel de production fait des hommes la matière première que travaille l'outil" (La convivialité p.11 ).

    Notre société est morbide, car elle décourage, réprime et détruit l'autonomie des individus et elle est "génératrice de maux iatrogènes" (dont la, médecine est la cause) car après avoir multiplié nos inadaptations en nous interdisant toute prise directe sur notre environnement, elle charge des spécialistes de nous expliquer que nos inadaptations sont des anomalies dues à une "défaillance de notre organisme" et que nous avons besoin d'être soignés, traités, réadaptés, "médicalisés" :
    "Les hommes cesseraient de supporter cette société si le diagnostic médical n'était là pour expliquer que ce n'est pas leur environnement qui est insupportable mais leur organisme qui est défaillant" (Némésis médicale).

    Pour Ivan Illich l'homme est un mamifère nature1lement fragile qui est condamné "à se produire lui-même "dans une lutte constante avec la nature. Pour ce faire il doit être soutenu par une culture et celle-ci : "... n'est pas autre chose que le programme de vie qui confère aux membres d'un groupe la capacité de faire face à leur fragilité et d'affronter, toujours dans le provisoire, un environnccent de choses et de mots plus ou moins stable" (Némésis médicale).
    Plus une culture "renforce la vitalité de chaque individu et plus elle mérite d'être appelée "saine" car la santé n'est rien d'autre que "la capacité d'affronter et de façonner le monde environnant de façon autonome".

    Pour Ivan Illich il ne s'agit pas de "retour à la nature" ou de condamner la technologie mais de mettre la technologie au service de l'homme et non l'homme au service de la technologie. Il ne s'agit pas de supprimer les "grands outils" (les grandes institutions industrielles et marchandes, les services publics, les ordres professionnels...) mais d'abolir leur "monopole radical".
    Au lieu de nous transformer en usagers programmés et captifs, en consommateurs passifs et dépendants, l'industrie pourrait nous fournir les moyens de renforcer notre autonomie. C'est une question d'orientation de la production et de la recherche, d'organisation des rapports intersociaux, de déspécialisation et déprofessionnalisation des activités et de l'accès aux savoirs, d'équilibre et redistribution des pouvoirs :
    "Si nous voulons élargir notre angle de vision aux dimensions du réel, il nous faut reconnaître qu'il existe non pas une façon d'utiliser les découvertes scientifiques, mais au moins deux, qui sont antonomiques. Il y a un usage de la découverte qui conduit à la spécialisation des tâches, à l'institutionnalisation des valeurs, à la centralisation du pouvoir. L'homme devient l'accessoire de la méga-machine, un rouage de la bureaucratie. Mais il existe une seconde façon de faire fructifier l'invention, qui accroît le pouvoir et le savoir de chacun, lui permet d'exercer sa créativité, à seule charge de ne pas empiéter sur ce même pouvoir, chez autrui" (La convivialité p.12).

    La société doit être une société conviviale et peut être une société conviviale : "J'appelle société conviviale, une société où l'outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d'un corps de spécialistes. Conviviale est la société où l'homme controle l'outil" (La convivialité p.13).
    "L'outil est convivial dans la mesure où chacun peut l'utiliser sans difficulté, aussi souvent ou aussi rarement qu'il le désire, à des fins qu'il détermine lui-même. L'usage que chacun en fait n'empiète pas sur la liberté d'autrui d'en faire autant. Personne n'a besoin d'un dip1ôme pour avoir le droit de s'en servir ; on peut le prendre ou non... Entre l'homme et le monde, il est conducteur de sens, traducteur d'intentionnalite" (La convivialite p.45).

    La convivialité peut résulter de l'appropriation collective des grands outils lorsque cette appropriation signifie; "que la communauté s'engage a utiliser les outils à promouvoir des rappors sociaux conviviaux" mais l'appropriation collective peut également "conduire à une subordination encore plus efficace et disciplinée des hommes aux outils" ce qui serait le cas dans les systèmes "socialistes" bureaucratiques, actuellement en fonctionnement, qui présenteraient avec les systèmes capitalistes plus de ressemblances que de différences.

    L'instauration de la société conviviale nécessitera une inversion politique qui passera par une démythologisation de la science, une redécouverte du langage, le recouvrement du droit :le droit est actuellement au service de la croissance économique, ce qui serait une perversion, il faut le mettre au service de l'inversion de la société.
    Cette inversion c'est fondamentalement l'arrêt de la croissance, croissance qui, selon Illich, conduit à l' apocalyse prédite par les écologistes.
    Face cette menace, la survie humaine pourrait être gérée par l'installation d'un fascisme techno-bureaucratique : "qui contrôlerait l'économique et le psychisme de l'homme, dans le cadre d'une "grande organisation"."

    Ivan Illich espère la faillite de cette solution et préconise de limiter la croissance.
    Il y a une autre possibilité : un processus politique qui permette à la population de déterminer le maximum que chacun peut exiger, dans un monde aux ressources manifestement limitées ; un processus d'agrément portant sur la fixation et le maintien de limites à la croissance de l'outillage ; un processus d'encouragement de la recherche radicale de sorte qu'un nombre croissant de gens puisse faire toujours plus avec toujours moins" (La convivialité p.145).
    Denis Touret, Sociologie et philosophie du droit, Les cours de droit, Paris, 1976, p. 258-261

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    UN PROPHETE OUBLIE

    Combien, parmi ces enseignants qui dimanche battaient le pavé parisien, ont eu une pensée pour Ivan lllich ? Combien savaient qu'il était mort, le lundi précédent, à Brême, en Allemagne, âgé de 76 ans, emporté par le cancer, cette tumeur au cerveau qu'il traînait depuis plus de quinze ans et que, fidèle à sa convic tion que l'homme doit prendre lui-même en charge sa maladie au lieu de la confier aux médecins, il avait toujours refusé de faire opérer ? Combien même avaient-ils jamais entendu parler d'lllich et de cette défiance qu'il portait, autant qu'à la médecine, à l'école (son premier livre, Une Société sans école, paru en France en 1971, connut un énorme succès) ? Combien savaient qu'il fut, dans les années 1970, un des penseurs contempo- rains les plus célébrés (les plus controversés aussi), un des maîtres à penser de toute une génération ?

    Sans doute un œrtain nombre de ces manifestants, les plus chenus. Ceux dont les tempes grisonnent et la retraite approche. Ceux dont la jeunesse a vibré dans le grand chambardement de Mai 68. Ceux qui sont le plus attachés à cette pédagogie qui « met l'enfant au centre de l'école » et qu'on remet en cause aujourd'hui sous un ministre qui s'est rendu célèbre en dénonçant « la pensée 68 » et pour qui Illich est un songe-creux. Pour les autres, ils ont toutes les excuses du monde : cela faisait bien vingt ans qu'on n'avait plus entendu parler du « Socrate de Cuernavaca ». Et il est vrai aussi que le « pédagogisme » de masse a montré ses limites.
    N'est pas Socrate qui veut.
    Mort d'un prophète oublié...

    PRETRE REBELLE

    Et pourtant, quelle vie, quel parcours ! Et quelle influence sur son époque, si l'on veut bien considérer qu'une bonne partie des contestataires de l'ordre établi, de cette jeunesse en pétard qui se rassemble, de Porto Alegre à Florence contre la mondialisation libérale, est peu ou prou la descendance du bonhomme. Qu'elle le sache ou non.

    Ivan lliich était né à Vienne, en 1926. Son père était croate et catholique, sa mère juive séfarade. Un vrai métèque. Le nazisme l'exile à Florence, puis il étudie à Rome, à l'université grégorienne du Vatican. il se destine à la prêtrise. Brillant sujet, bosseur impénitent, curieux de tout, boulimique de savoirs, polyglotte, diplômé de théologie, prêtre fervent : un destin tout tracé de prince de l'Eglise ; dans les hautes sphères, on le destine à la diplomatie. On en fera un nonce, un évêque, un cardinal un jour sans doute. Un pape, qui sait? Rien de tout ça ! lllich choisit la vie d'un simple curé de paroisse, à New York, où il découvre le désarroi de ses ouailles des bidonvilles portoricains, déracinées, sans repères, plongées dans le grand chaudron de Manhattan. C'est le rommencement de sa vraie vocation de pédagogue, de passeur, qui le conduit ensuite à Porto Rico, puis à ce Centre interculturel de Cuernavaca, au Mexique, qui deviendra, dans les années 1960, un haut lieu de rencontres et d'échanges entre jeunes intellectuels d'Amérique latine et d'Europe, prêtres et laïcs, sorte d'université permanente sans hiérarchie ni diplômes, véritable bouillon de culture où se concocte pour une part cette « théologie de la libération» si suspecte aux yeux de la curie romaine... Le brillant sujet a dévié de sa belle route toute droite, jugent les monsignore. On ose critiquer l'action apostolique de la puissante église yankee dans son arrière-cour latino : néo-colonialisme,juge-t-il. On est en 1967, quand tout commence à bouger. Quand les prêtres de la base, partout dans le sous-continent, se mettent à secouer leur hiérarchie au nom de l'Évangile et mettent en avant « l'option préférentielle des pauvres » ; quand Don Helder Camara fait vibrer le Brésil, que camillo Torrès prend le fusil, que les jeunes bourgeois chrétiens de Montevideo se découvrent Tupamaros, que les curés nicas rejoignent les maquis de la guérilla sandiniste... La contamination communiste menace l'église sud-américaine, du moins Rome en juge ainsi. lllich, non-violent, s'en tient à sa démarche, la recherche d'une "voie non-marxiste de rupture avec la domination capitaliste, poursuit son rêve socratique d'une révolution des cœurs et des esprits.

    C'est encore trop pour le Vatican. Sommé de choisir, le prêtre rebelle défroque pour conserver sa liberté de penser et d'agir. Croyant toujours, mais pour toujours hors des clous. . .

    LA SOCIETE CONVIVIALE

    Une œuvre considérable, pas tant par la taille (guère plus de cinq ou six bouquins en vingt ans) que par la fulgurance de sa pensée utopique, la radicalité de son contenu, le retentissement mondial qu'elle connut dans cette décennie 1970, qui fut celle de toutes les remises en cause.

    Après celle de l'école (système d'exclusion), celle du pouvoir médical (qui dépossède l'individu de la responsabilité de sa santé) et, plus généralement, la critique globale de la société industrielle, marchande, technologique, de consommation. Du Spectacle, comme disait Debord à peu près au même moment. Avec lui et quelques autres (notamment André Gorz, qui contribua à le faire connaître en France, ou encore René Dumont, ou Jacques Ellul, dont il fut proche ; plus près de nous, un Caillé, l'héritier de Marcel Mauss, un Lipietz), lllich contribua à fonder les bases théoriques de l'écologie politique, d'une politique alternative à cette double impasse productiviste du capitalisme libéral et du socialisme classique. Son maître-livre, la Convivialité (1, Le seuil, 1973), est une critique sans concession de« l'organisation de l'économie tout entière en vue du mieux-être [qui] est l'obstacle majeur au bien-être », de l'asservissement de l'homme à l'outil ("l'homme a besoin d'un outil avec lequel travailler ; non d'un outillage qui travaille à sa place »), de la «surcroissance [qui] menace le droit de l'homme à s'enraciner dans l'environnement avec lequel il a évolué» et un cri d'alarme. Illich nous dit que notre civilisation (ce que nous appelons ainsi, quelle dérision !) est en passe de franchir un seuil au-delà duquel nous entrons dans un processus de crise fatal: « Passé un certain seuil, l'outil, de serviteur devient despote. Passé un certain seuil, la société devient une école, un hôpital, une prison. Alors commence le grand enfermement. Il importe de repérer précisément où se trouve, pour chaque composante de l'équilibre global, ce seuil critique. Alors il sera possible d'articuler de façon nouvelle la triade millénaire de l'homme, de l'outil et de la société. J'appelle société conviviale une société où l'outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d'un corps de spédalistes. Conviviale est la société où l'homme contrôle l'outil. » Où l'on voit que le philosophe de Cuernavaca, à la différence d'un Debord qui cultiva jusqu'au suicide son pessimisme noir, ne désespérait nullement de la nature humaine.

    Reste que si le terme « convivial » est passé dans le langage courant, qu'on l'utilise à toutes les sauces publicitaires et propagandistes, on s'est bien gardé d'en conserver le sens. On est même toujours allé à contresens.

    CITOYEN DU MONDE

    lllich nié, oublié, effacé ? À première vue, oui. Les années 1980, 1990 ont signé la négation des utopies chaleureuses, le triomphe de la société marchande et technocratique, la victoire de l'outil sur l'homme.

    Et le pire, c'est que cette régression s'est accomplie (en France) en grande partie sous l'égide d'une gauche qui n'a toujours rien compris. Ce pourquoi on ne peut pardonner au socialisme meiierrandien sa conversion honteuse au spectacle. Et pourtant, on l'a dit, cet effacement d'lllich (il aura fallu sa mort pour qu'on reparle de lui, y compris ici) n'a pas empêché la diffusion de ses idées dans une fraction croissante de la jeunesse du monde, qu'effare et révolte le désordre établi. lllich, le père de l'antimondialisation ? Voyez comme le terme est inapproprié pour ce citoyen du monde, ce métèque polyglotte, ce Cadet Roussel de la pensée toujours ; entre ses trois maisons (Cuernavaca, l'université de Pennsylvanie, celle de Brême), et accessoirement, de symposium en conférence, dans bien d'autres lieux encore ! Hervé Kempf rappelle, dans son article du Monde (2), qu'on l'avait récemment revu à Paris lors d'un colloque intitulé « Défaire le développement, refaire le monde ». A la tribune, à ses côtés, José Bové, ce gibier de potence : ce qui n'a rien d'étonnant quand on sait que le porte-parole de la Confédération paysanne fut, en sa jeunesse étudiante bordelaise, l'élève attentif et admiratif de Jacques Ellul (Mamère aussi du reste).

    Malgré la pensée unique, cheminement souterrain de la pensée rebelle, transmission des héritages spirituels, vie foisonnante des réseaux et des militances...
    Le bloc-notes de Bernard Langlois, Politis, jeudi 12 décembre 2002, p. 28-29

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    La mort d'Ivan Illich, penseur rebelle par Hervé Kempf

    L'intellectuel autrichien est mort lundi 2 décembre à Brême, en Allemagne, à l'âge de 76 ans. Prêtre "en congé" de l'Eglise, il avait, dans les années 1970, proposé une critique radicale et globale de la société industrielle, de l'école et de la médecine. Ivan Illich aura été, jusqu'au bout de sa vie, un intellectuel rebelle et cohérent : souffrant depuis une dizaine d'années d'une tumeur au cerveau, il avait choisi de ne pas suivre les thérapies usuelles, acceptant de vivre avec une énorme protubérance sur sa joue droite, qui sidérait ses interlocuteurs, avant qu'ils ne retrouvent la lueur de son regard et la vélocité de son esprit.

    Provocateur, lucide, implacable critique de la société industrielle, Ivan Illich a été, au tournant des années 1970, le porte-parole entendu et brillant d'une critique non marxiste des institutions qui fondent l'économie contemporaine : l'école, la santé, le développement, la consommation énergétique ont été les cibles d'un discours puissant et qui a donné à l'écologie une assise théorique solide.

    Mais, depuis les années 1980, l'euphorie micro-informatique, le renouveau du capitalisme et la reddition corps et biens de la gauche au libéralisme ont fait oublier ce penseur exigeant. Il est décédé lundi 2 décembre, à Brême, dans la douceur, et en pleine possession de ses moyens intellectuels.

    Ivan Illich était né le 4 septembre 1926 à Vienne. Son père était croate catholique, sa mère juive séfarade. Il est expulsé en 1941 en application des lois raciales nazies. Il va alors étudier à Florence, puis entre à l'Université grégorienne du Vatican, à Rome, pour devenir prêtre. Polyglotte, il est un dévoreur de connaissances et d'idées. Il est influencé par le philosophe Jacques Maritain, obtient sa licence de théologie en 1951.

    Le Vatican destinerait ce jeune prêtre brillant à sa diplomatie, mais il préfère aller à New York où on lui confie la paroisse d'Incarnation Church, à Manhattan, où il va travailler de 1952 à 1956. C'est une paroisse irlandaise, progressivement transformée par l'arrivée massive d'immigrants portoricains. Illich y découvre le problème de l'acculturation et déploie des talents remarquables de pédagogue et de passeur entre les cultures américaine et hispanique. Le succès est tel que ses supérieurs l'envoient en 1956 à l'Université catholique de Porto Rico, où il élargit son travail d'enseignement interculturel. En 1960, il s'oppose à son évêque, qui appelle à ne pas voter pour un candidat gouverneur qui prônait le contrôle des naissances, et doit quitter Porto Rico.

    Il parcourt à pied l'Amérique latine et va – selon certains – méditer au Sahara. Il rejoint en 1961 le Cidoc (Centre interculturel de documentation) à Cuernavaca, au Mexique. Il va en faire un carrefour extraordinaire de discussion pour intellectuels et étudiants d'Amérique latine, ou de jeunes Occidentaux, souvent religieux. Cette université sans hiérarchie et sans diplômes est aussi un terrain d'expérimentation de ses idées. Il finit par entrer en conflit avec l'Eglise, en critiquant l'aide apostolique des Etats-Unis à l'Amérique latine, qu'il qualifie de "plante coloniale", dans un article publié en janvier 1967 à New York (repris dans Esprit en mai 1967). Il entérine la rupture début 1969, en renonçant à l'exercice et au titre de prêtre, mais sans renier sa foi.

    Indépendant de l'institution, il va se libérer en donnant en quelques années son œuvre bouillonnante et sulfureuse, qui tombe à pic dans un après-Mai 68 encore baigné d'utopie : Une société sans école, publié en France en 1971, est un succès immédiat, tandis qu'Esprit (avec Jean-Luc Domenach) et le Nouvel Observateur (avec Michel Bosquet, alias André Gorz) s'attachent à populariser ses idées. Il y explique que l'école joue comme un système d'exclusion, rejetant ceux qui n'ont pas obtenu de diplôme, tout en monopolisant ce qui est jugé digne du nom de "savoir" et rejetant les autres formes de connaissance humaine.

    En 1973, Energie et équité,reprise d'articles donnés au Monde,sape l'analyse courante de la crise de l'énergie – perçue généralement comme un problème de ressources rares – en montrant qu'elle renvoie à la consommation, donc aux usages, par le développement débridé des transports. Il y établit une équivalence originale entre temps gagné – par la rapidité – et temps perdu – à travailler pour acquérir les moyens d'aller vite. La même année voit paraître La Convivialité,critique plus générale du système technique, dans la foulée d'un Jacques Ellul dont il a découvert l'œuvre en 1965.

    La Convivialité est un texte qui garde une étonnante jeunesse. Illich y analyse la transformation de l'outil en un appareil asservissant. Il ne critique pas la technologie, mais le monopole qui lui est conféré et qui nuit à la liberté de chacun de répondre à ses propres besoins. Illich décrit la logique qui conduit la société à poursuivre une croissance ininterrompue, acculturant les groupes et les individus, sans répondre à la pauvreté qui, au contraire, s'y développe."L'organisation de l'économie tout entière en vue du mieux-être est l'obstacle majeur au bien-être", résume-t-il.

    Dans la seconde moitié des années 1970, Illich poursuit son travail en sapant l'institution médicale (avec La Némésis médicale), les illusions du travail (Le Travail fantôme), le concept d'environnement (H2O). Mais l'optimisme des années 1960 a disparu, et l'on oublie Illich, du moins en France. Il travaille au Mexique, et, depuis 1990, enseigne tous les automnes à l'université de Brême, en Allemagne. Dans le miroir du passé, en 1994 (Descartes et Cie), donne l'image de ses nouvelles réflexions sur l'engagement ou le langage. Mais il saisit mal les phénomènes des années 1990 que sont Internet et la biotechnologie.

    Si les intellectuels patentés l'ont oublié, les préoccupations de Illich continuent d'irriguer un réseau actif de critiques du développement, dont a témoigné un colloque important à l'Unesco en mars dernier sous le titre "Défaire le développement, refaire le monde". Illich y était – à côté de José Bové. Ses idées ne sont pas mortes le 2 décembre, elles sont au contraire bien vivantes.
    Hervé Kempf, LE MONDE | 04.12.02 | 12h58, MIS A JOUR LE 06.12.02 | 16h48

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    Eléments bibliographiques
    La Convivialité, Seuil, 1973.
    Nemésis médicale, Seuil, 1975.
    Dans le miroir du passé, Descartes et Cie, 1994.
    Un inédit, La Perte des sens, et les œuvres complètes en deux volumes, à paraître chez Fayard en 2003.

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    VERBATIM

    Nous publions quelques fragments de la pensée d'Ivan Illich, extraits de La Convivialité, Le Seuil (collection "Points").

    La liberté

    Passé un certain seuil, l'outil, de serviteur, devient despote. Passé un certain seuil, la société devient une école, un hôpital, une prison. Alors commence le grand enfermement. Il importe de repérer précisément où se trouve, pour chaque composante de l'équilibre global, ce seuil critique. Alors il sera possible d'articuler de façon nouvelle la triade millénaire de l'homme, de l'outil et de la société. J'appelle société conviviale une société où l'outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d'un corps de spécialistes. Conviviale est la société où l'homme contrôle l'outil.

    L'école

    La redéfinition des processus d'acquisition du savoir en termes de scolarisation n'a pas seulement justifié l'école en lui donnant l'apparence de la nécessité ; elle a aussi créé une nouvelle sorte de pauvres, les non-scolarisés, et une nouvelle sorte de ségrégation sociale, la discrimination de ceux qui manquent d'éducation par ceux qui sont fiers d'en avoir reçu. L'individu scolarisé sait exactement à quel niveau de la pyramide hiérarchique du savoir il s'en est tenu, et il connaît avec précision sa distance au pinacle. Une fois qu'il a accepté de se laisser définir d'après son degré de savoir par une administration, il accepte sans broncher par la suite que des bureaucrates déterminent son besoin de santé, que des technocrates définissent son manque de mobilité. Ainsi façonné à la mentalité du consommateur-usager, il ne peut plus voir la perversion des moyens en fins inhérente à la structure même de la production industrielle du nécessaire comme du luxe.

    La technologie

    La solution de la crise exige une radicale volte-face : ce n'est qu'en renversant la structure profonde qui règle le rapport de l'homme à l'outil que nous pourrons nous donner des outils justes. L'outil juste répond à trois exigences : il est générateur d'efficience sans dégrader l'autonomie personnelle, il ne suscite ni esclaves ni maîtres, il élargit le rayon d'action personnel. L'homme a besoin d'un outil avec lequel travailler, non d'un outillage qui travaille à sa place. Il a besoin d'une technologie qui tire le meilleur parti de l'énergie et de l'imagination personnelles, non d'une technologie qui l'asservisse et le programme.

    La crise

    Je distinguerai cinq menaces portées à la population de la planète par le développement industriel avancé :
    1. La surcroissance menace le droit de l'homme à s'enraciner dans l'environnement avec lequel il a évolué.
    2. L'industrialisation menace le droit de l'homme à l'autonomie dans l'action.
    3. La surprogrammation de l'homme en vue de son nouvel environnement menace sa créativité.
    4. La complexification des processus de production menace son droit à la parole, c'est-à-dire à la politique.
    5. Le renforcement des mécanismes d'usure menace le droit de l'homme à sa tradition, son recours au précédent à travers le langage, le mythe et le rituel.

    ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.12.02,

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    Ivan Illich où la bonne nouvelle, par Jean-Pierre Dupuy

    Vorace consommateur d'énergie et de ressources rares non renouvelables, notre mode de vie est à terme irrémédiablement condamné. On imagine mal qu'il puisse durer encore plus d'un demi-siècle. Beaucoup d'entre nous ne serons plus de ce monde, mais nos enfants, si. Si nous nous soucions d'eux, il serait plus que temps que nous prenions conscience de ce qui les attend. Deux raisons principales justifient ce pronostic.

    L'exploitation à bas coût des ressources fossiles touche à sa fin. Chaque année qui passe nous rapproche du terme, d'autant plus que les besoins énergétiques à l'échelle de la planète croissent très vite. Or les régions du monde où les ressources sont concentrées sont parmi les plus chaudes de la planète, du point de vue géopolitique.

    La seconde raison est certainement la plus grave. Pas une semaine ne passe sans qu'un nouveau symptôme du réchauffement climatique ne confirme cela sur quoi maintenant tous les experts s'accordent : ce réchauffement existe bel et bien, il est essentiellement dû à l'activité des hommes et ses effets seront beaucoup plus sérieux que ce que l'on imaginait il y a peu encore.

    Tandis que les glaciers andins disparaissent à une vitesse record, la désertification du pourtour de la Méditerranée s'étend, et l'eau devient un bien de plus en plus rare.

    Les experts savent que les objectifs du protocole de Kyoto, foulés aux pieds par la puissance américaine, sont dérisoires par rapport à ce qu'il faudrait viser pour mettre un terme à l'augmentation de la concentration du gaz carbonique dans l'atmosphère : diviser par deux les émissions à l'échelle de la planète. La condition sine qua non pour y arriver est d'empêcher les pays en voie de développement de suivre le modèle de croissance qui est le nôtre. Si nous, les pays industrialisés, n'y renonçons pas nous-mêmes, notre message n'a pas la moindre chance d'être entendu.

    L'optimisme scientiste nous invite à prendre patience. Bientôt, nous souffle-t-il, les ingénieurs sauront trouver le moyen de passer les obstacles qui nous barrent la route. Rien n'est moins sûr. Les spécialistes du nucléaire pensent qu'ils ont des réponses à la question lancinante des déchets, mais ils savent aussi que le public sera de plus en plus réticent à les accepter. Ils ne peuvent garantir ni la sûreté des centrales ni celle de la chaîne de transport face aux menaces terroristes. A l'échelle planétaire, l'énergie nucléaire ne trouvera de toute façon pas assez de combustible pour se déployer plus que marginalement, sauf à recourir aux surgénérateurs ou à une aléatoire extraction de l'uranium marin.

    Quant aux énergies renouvelables, biomasse, éoliennes et autres, c'est pour des raisons techniques, de dispersion entre autres, qu'elles seront cruellement insuffisantes. Le recours massif au charbon fossile, dont les ressources planétaires sont considérables, sera une tentation à laquelle il faudra énergiquement résister, sous peine d'aggraver encore plus le réchauffement climatique. On frémit d'effroi lorsqu'on apprend qu'aucun scénario dressé par les organismes spécialisés ne comporte de solution réaliste pour passer le cap des années 2040-2050.

    Nous sommes au pied du mur. Nous devons dire ce qui compte le plus pour nous : notre exigence éthique d'égalité, qui débouche sur des principes d'universalisation, ou bien notre mode de développement. Ou bien la partie privilégiée de la planète s'isole, ce qui voudra dire de plus en plus qu'elle se protège par des boucliers de toutes sortes contre des agressions que le ressentiment des laissés-pour-compte concevra chaque fois plus cruelles et plus abominables ; ou bien s'invente un autre mode de rapport au monde, à la nature, aux choses et aux êtres, qui aura la propriété de pouvoir être universalisé à l'échelle de l'humanité.

    Il y a cependant une bonne nouvelle. La mort sereine d'Ivan Illich, il y a quelques jours, nous rappelle que nous l'avons déjà reçue, mais que nous ne l'avons pas entendue. C'était dans les années 1970, l'époque où ce critique radical de la société industrielle eut le plus d'influence. La bonne nouvelle est que ce n'est pas d'abord pour éviter les effets secondaires négatifs d'une chose qui serait bonne en soi qu'il nous faut renoncer à notre mode de vie – comme si nous avions à arbitrer entre le plaisir d'un mets exquis et les risques afférents. Non, c'est que le mets est intrinsèquement mauvais, et que nous serions bien plus heureux à nous détourner de lui. Vivre autrement pour vivre mieux.

    Comment peut-on dire que le mets est mauvais, puisque tous les peuples de la Terre veulent y goûter ? Il faut, pour le montrer, tout un travail pédagogique que je ne peux qu'esquisser ici.

    L'arme principale de la critique illichienne est le concept de "contre-productivité" . Passés certains seuils critiques de développement, plus croissent les grandes institutions de nos sociétés industrielles, plus elles deviennent un obstacle à la réalisation des objectifs mêmes qu'elles sont censées servir : la médecine corrompt la santé, l'école bêtifie, le transport immobilise, les communications rendent sourd et muet, les flux d'information détruisent le sens, le recours à l'énergie fossile, qui réactualise le dynamisme de la vie passée, menace de détruire toute vie future et, last but not least, l'alimentation industrielle se transforme en poison. Nous y sommes.

    Derrière ce qui peut apparaître comme des provocations, se cache en fait une analyse minutieuse et rigoureuse des mécanismes de la contre-productivité. Toute valeur d'usage peut être produite de deux façons, en mettant en œuvre deux modes de production : un mode autonome et un mode hétéronome. Ainsi, on peut apprendre en s'éveillant aux choses de la vie dans un milieu rempli de sens ; on peut aussi recevoir de l'éducation de la part d'un professeur payé pour cela. On peut se maintenir en bonne santé en menant une vie saine, hygiénique ; on peut aussi recevoir des soins de la part d'un thérapeute professionnel. On peut avoir un rapport à l'espace que l'on habite, fondé sur des déplacements à faible vitesse : marche, bicyclette ; on peut aussi avoir un rapport instrumental à l'espace, le but étant de le franchir, de l'annuler, le plus rapidement possible, transporté par des engins à moteur. On peut rendre service à quelqu'un qui vous demande de l'aide ; on peut lui répondre : il y a des services pour cela.

    Contrairement à ce que produit le mode hétéronome de production, ce que produit le mode autonome ne peut en général être mesuré, évalué, comparé, additionné à d'autres valeurs. Il ne s'agit certes pas de dire que le mode hétéronome est un mal en soi, loin de là. Mais la grande question qu'Illich eut le mérite de poser est celle de l'articulation entre les deux modes. La production hétéronome peut certes vivifier intensément les capacités autonomes de production de valeurs d'usage. Simplement, l'hétéronomie n'est ici qu'un détour de production au service d'une fin qu'il ne faut pas perdre de vue : l'autonomie.

    L'hypothèse d'Illich est que la "synergie positive" entre les deux modes n'est possible que dans certaines conditions très précises. Passés certains seuils critiques de développement, la production hétéronome engendre une telle réorganisation du milieu physique, institutionnel et symbolique que les capacités autonomes sont paralysées. Se met alors en place le cercle vicieux divergent de la contre-productivité. L'appauvrissement des liens qui unissent l'homme à lui-même, aux autres et au monde devient un puissant générateur de demande de substituts hétéronomes qui permettent de survivre dans un monde de plus en plus aliénant, tout en renforçant les conditions qui les rendent nécessaires. Cette analyse démontre lumineusement pourquoi nous sommes tant attachés à cela même qui nous détruit.

    Ivan Illich est mort mais ses idées sont promises à un bel avenir.

    Ibn Khaldun (1332-1406)(732-808)

     

    Historien et sociologue d'origine yéménite ayant, avant Machiavel, donner de l'histoire humaine une relation réaliste. A la fois homme d'action et théoricien (La vie et l'oeuvre § 1.) il construit l'histoire comme science (La science historique d'Ibn Khaldun § 2.).

    § 1 - La vie et l'oeuvre

    Abd al-Rahman ben Muhammad Ibn Haldun est né à Tunis, en 1332, dans une famille de la grande bourgeoisie andalouse, d'origine yéménite.
    Il fait ses études à Tunis.
    De 1350 à 1372 il est homme d'Etat, de cour et d'action politique, avec des fortunes diverses (deux ans de prison).

    En 1372 il se retire dans la forteresse d'Ibn Salama en Oranie où il écrit son ouvrage fondamental :
    - Muqaddima (1377), Discours sur l'histoire universelle, trad. fr. de Vincent Monteil, 3 vol. Beyrouth 1967-1969.
    Cet ouvrage est une introduction à un ouvrage sur l'histoire universelle, le Kitab al-'Ibar (1375-1379).

    Après cette retraite studieuse Ibn Khaldun enseigne à Tunis mais se heurte aux conservateurs et quitte définitivement la Tunisie pour l'Egypte en 1382.
    Il enseigne au Caire le droit et est magistrat.

    En 1401 il négocie avec le Mongol Tamerlan le sort de Damas et meurt un an après ce dernier en 1406.

    Selon certains auteurs Ibn Khaldun serait le fondateur de la sociologie.
    Il est certain qu'il a de l'histoire une vision nouvelle au XIVème siècle et qu'on peut le considérer comme étant, avec Machiavel, l'un des précurseurs de la sociologie moderne.

    § 2 - La science historique d'Ibn Khaldun

    Selon cet auteur le réel est la source unique de ce qui est intelligible et en conséquence l'histoire scientifique a pour objet de saisir les rapports de causalité qui régissent ce réel.

    L'on peut dire que le réel historique c'est la soif du pouvoir qui conduit les hommes de la société nomade à l'Etat, la base du pouvoir politique étant économique (A/) et la religion étant l'élément qui permet la cohésion sociale (B/).

    A - De l'économique au politique

    L'activité fondamentale de l'homme est l'activité de production.
    L'activité de production des hommes se déroule dans un cadre géographique qui exerce son influence en conditionnant la vie des groupes sociaux.
    Il résulte de l'action des groupes sociaux dans un cadre géographique déterminé un certain mode de vie. Les différences entre les groupes sociaux dépendent essentiellement des différences qui existent entre leurs modes de vie économique.

    Le mode de vie de la société nomade est basé sur la recherche de la subsistance, des moyens de survivre.
    Lorsque, les circonstances aidant, vient plus que le nécessaire et même une certaine richesse, les nomades amassent des vivres, recherchent les beaux habillements, bâtissent de grandes maisons, construisent des villes.
    Ainsi apparait la société des villes, la civilisation, l'Etat.

    Ce travail constructif nécessite une souveraineté et une cohésion sociale.
    L'homme est un animal agressif ce qui le conduit à la violence et à la domination mais ce qui le conduit également à la coopération avec ses semblables.Cette coopération dans la société nomade est basée sur les liens du sang, la Parenté, ce qui permet un esprit de corps.
    La société des villes n'étant pas basée sur la parenté a besoin d'un pouvoir monarchique qui s'impose à tous, d'une souveraineté.

    La souveraineté est décrite par Ibn Khaldun comme étant :
    "une fonction noble et satisfaisante, permettant à son détenteur l'obtention de tous les biens et de tous les plaisirs, aussi bien corporels que spirituels ; c'est pourquoi elle fait l'objet d'une concurrence acharnée, et il est rare que quelqu'un la laisse échapper sans qu'il soit vaincu".

    Cette souveraineté appartient au plus fort, à celui qui dispose d'un parti fort pour le soutenir.

    Cependant l'Etat n'est pas à l'abri de la décadence car les habitants des villes se laissent volontiers aller à la paresse et les gouvernants à la corruption.
    L'Etat décadent sera alors à la merci d'un chef nomade puissant qui s'emparera de la souveraineté.

    Le nouvel Etat ainsi créé commencera par assurer ses bases, puis prospérera, puis entrera en décadence à son tour, et un nouveau cycle recommencera.

    B - Du politique à la religion

    La religion a une fonction d'ordre politique.

    C'est elle qui permet l'esprit de corps donc le maintien de la souveraineté.
    C'est la religion qui permet la cohésion sociale.
    La religion est soumise à des déterminants de base qui sont géographiques, économiques, sociaux, historiques.

    A chaque phase de l'évolution sociale correspond un comportement religieux.
    Et l'esprit de corps se dénature et se dissout en même temps que s'amenuise et disparaît l'esprit religieux.

    Joseph de Maistre (1753-1821)

     

    Véritable réactionnaire, ennemi acharné du libéralisme de la Révolution française de 1789, a fortiori de la révolution jacobine de Robespierre, le comte Joseph de Maistre consacre sa vie et son oeuvre (§ 1) à lutter contre les Lumières lucifériennes, pour l'unité nationale par l'ordre divin et l'expiation des péchés (§ 2).

    § 1. La vie et l'oeuvre

    Le comte Joseph de Maistre est né à Chambéry en 1753. Son père était président du Sénat de Savoie, province alors dépendante du royaume de Sardaigne.
    Lui-même fut magistrat puis sénateur.

    En 1792, lors de l'invasion française, il quitte son pays pour se réfugier en Suisse puis à Turin, capitale du royaume.
    De 1803 à 1817 il représente à Saint-Pétersbourg, comme envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, le roi de Sardaigne, son prince, Victor-Emmanuel 1er.

    Revenu à Turin en 1817, il est nommé premier président des Cours Suprêmes. Il décède à Turin en 1821.

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    Homme de cabinet, il consacre de nombreuses heures par jour à l'écriture.
    Aussi ses oeuvres complètes comprennent-elles 14 volumes (Lyon 1884-1887). Il écrit notamment :
    - De la souveraineté (publié en 1870) ;
    - Considérations sur la France, 1796 ;
    - Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, 1814 ;
    - Du Pape, 1819 ;
    - De l'Eglise gallicane, 1821 ;
    - Soirées de Saint-Pétersbourg, 1821.

    Textes disponibles sur internet

    § 2. Pour l'unité nationale par l'Ordre divin et l'expiation des péchés

    A/ L'unité nationale

    Selon le comte Joseph de Maistre, magistrat monarchiste catholique, le mal est dans l'homme, et il est incommensurable :
    "Commençons par examiner le mal qui est en nous, et pâlissons en plongeant un regard courageux au fond de cet abîme ; car il est impossible de connaître le nombre de nos transgressions, et il ne l'est pas moins de savoir jusqu'à quel point tel ou tel acte coupable a blessé l'ordre général et contrarié les plans du législateur éternel" (Soirées, I,214).

    Le mal c'est la division, c'est l'unité brisée, unité qui est voulue par Dieu. Or pour remédier au mal et à la division, l'on ne peut compter sur l'homme lui-même, qui est mauvais, entaché du péché originel.
    Il n'y a que deux moyens de salut, un moyen préventif, l'autorité, et un moyen curatif, l'expiation.

    L'autorité est la condition du maintien de l'unité. Il faut que la société religieuse et la société civile soient soumnises à l'ordre voulu par la providence divine.
    Le moyen dans la société religieuse est 1'infaillibilité pontificale et dans la société civile la souveraineté.

    C'est Dieu qui souhaite que les hommes soient regroupés par affinités naturelles en sociétés hiérarchisées, en nations.
    Les peuples n'ont pas le choix. La souveraineté résulte directement de la nature humaine mais c'est Dieu le créateur de cette nature. "C'est une loi du monde physique : Dieu fait les rois au pied de la lettre" (Oeuvres complètes, I.232).

    Chaque nation a son caractère, et ce caractère fait son type de gouvernement. L'homme ne saurait constituer un nouveau type de gouvernement par sa libre détermination, il usurpe ainsi le gouvernement voulu par Dieu.
    La Révolution française ne peut être que "satanique" puisqu'elle entend mettre l'homme à la place de Dieu.

    Le oaractère national est constitué d'un ensemble de maximes religieuses et politiques qui sont devenues des "dogmes nationaux" et qui font une "raison nationale".
    Le souverain a pour devoir d'en imposer le respect par les prêtres, les hauts fonctionnaires, les magistrats.
    Les savants n'ont pas d'autres obligations que de subordonner leur science à cette "raison nationale" qui vient tempérer les excés de la raison individuelle.
    L'homme s'agite et Dieu le mène. C'est l'action continuelle de la Providence qu'il faut avoir toujours en vue. C'est pourquoi les actes des hommes, y compris les plus criminels, sont à considérer quant à leurs effets profonds.

    Les hommes sont pris dans un tourbillon social qui les dirige sans qu'ils s'en doutent, qui leur impose leurs pensées, leurs sentiments et leurs actes.

    B/ L'Ordre divin et l'expiation des péchés

    Ainsi va la vie des Nations sous l'impulsion de Dieu, et le mal lui-même, voulu par la Providence divine, oeuvre pour, en définitive, le triomphe du bien.
    Car malgré l'autorité divine et humaine, le Pape et le Souverain, l'homme continue à pécher, à faire le mal.

    Il faut donc que l'être humain expie.
    Il faut qu'il expie par le sang, pour que le bien triomphe, et que le repenti gagne son salut.

    C'est que le sang versé par le bourreau, cet envoyé de Dieu, cet indisnensable gardien de l'intégrité nationale, ce soutien de l'ordre, est la condition nécessaire de l'unité politique.

    De même le sang versé sur les champs de bataille, les mille souffrances qui assaillent 1'humanité, les massacres, les morts violentes, les maladies, en faisant disparaître par la souffrance les souillures de nos péchés et de nos crimes, sont les moyens employés par la Providence divine pour ramener les hommes à l'unité, au bien.

    L'innocent lui-même, qui souffre, expie pour le coupable ; et de même que Jésus-Christ a donné sa vie innocente pour racheter les péchés du monde, la victime innocente donne son sang pour le coupable :
    "Le juste souffrant volontairement. ne satisfait pas seulement pour lui-même, mais pour le coupable qui, de lui-même, ne pourrait s'acquitter" (Soirées, p. 130).

    Vilfredo (de) Pareto (1848-1923)

     

    Pour le sociologue italien Vilfredo Pareto l'histoire nous apprend :
    - que dans la vie sociale le sentiment l'emporte sur la raison,
    - et que l'élite dirigeante est mortelle, qui règne par la force et la ruse tout en se renouvelant pour subsister.

    C'est ce que l'on va voir en traitant de la sociologie de Pareto dans le § 2, après avoir donné quelques informations sur sa vie et son oeuvre dans le §1.

    § 1. La vie et l'oeuvre

    Vilfredo Frederico Samaso marquis de Pareto est né le 15 juillet 1848 à Paris où son père, le marquis Raffaele Pareto, est exilé pour avoir participé à un complot républicain à Gênes.
    Il fait ses études primaires à Paris, et son père ayant été politiquement réhabilité en 1858 ses études secondaires à Gênes et supérieures de sciences mathématiques et physiques à Turin.

    En 1870 il soutient une thèse de physique et obtient un diplôme d'ingénieur. Il entre à la société des chemins de fer romains et cinq ans plus tard il est le directeur technique de la Ferriere Italiana puis d'une importante société métallurgique.

    Pareto s'engage alors dans la vie politique italienne.
    Libéral et pacifiste, membre fondateur de la Société Adam Smith (1723-1790), il milite activement contre la politique économique protectionniste du gouvernement italien et sa politique militariste.
    Il se présente en 1880 et 1882 aux élections législatives, sans succés. Déçu par la politique politicienne il renonce en 1888 à son poste de directeur technique pour devenir consultant, ce qui lui permet de consacrer davantage de temps à l'étude de la théorie économique (théorie pure).
    Il redécouvre les travaux de l'économiste Léon Walras (1834-1910) avec lequel il se lie en 1891, et qui lui propose de le remplacer à la chaire d'économie politique de l'Université de Lausanne, ce qui est fait en 1893.

    Il publie son premier ouvrage en 1896 et 1897, son Cours d'économie politique.
    Dès cette époque il se passionne pour les sciences sociales et enseigne la sociologie à l'Université. En 1900, après avoir hérité de son oncle une importance fortune il s'installe dans le canton de Genève, où il consacre l'essentiel de son temps à la recherche.

    En 1902 et 1903 il publie Les Systèmes socialistes, ouvrage dans lequel il étudie les faiblesses du libéralisme et la force de persuasion des idées socialistes, logiquement inconsistantes, selon lui, mais passionnément convaincantes.

    Son ouvrage sociologique fondamental est le monumental, 1818 pages, et indigeste, Traité de sociologie générale, publié en italien en 1916 et en français en 1917.

    Pareto est profondément déprimé par la guerre civile européenne de 1914-1918 et par le comportement des démocraties, notamment en Italie où la situation après la guerre est désastreuse. C’est pourquoi il décide de soutenir le socialiste national Benitto Mussolini, et le 23 mars 1923, en récompense, il est nommé sénateur du royaume d'Italie, mais il ne peut accepter cette nomination car il a renoncé, entre temps, à la nationalité italienne pour devenir citoyen du micro-Etat libre de Fiume (actuellement Rijeka en Croatie).

    § 2. La sociologie de Pareto : l'universel et tragique éphémère de l'élite

    Selon Pareto la sociologie n'a pas pour objet de donner des leçons de morale, mais de constater ce qui est : à savoir que les humains se disputent les avantages de l'existence en essayant de légitimer leur soif pour affaiblir les rivaux.
    La sociologie est selon lui la science logico-expérimentale qui constate que les actions humaines ne sont pas que logiques (A), dans des sociétés hiérarchisées qui sont mortelles (B).

    A/ Les actions humaines ne sont pas que logiques

    C'est la sociologie, une science logico-expérimentale (I), qui, nous dit Pareto, permet de distinguer le logique du non logique (II), non logique qui est constituée par ce qu'il appelle les dérivations des résidus (III).

    I. La sociologie est une science logico-expérimentale

    La science logico-expérimentale, selon Pareto, a pour but de connaître la vérité et non pas d'être utile à la société, ou à telle ou telle composante de la société.
    En conséquence la sociologie logico-expérimentale a pour devoir d'écarter toutes notions extra ou meta-empiriques, se situant à l'extérieur ou au-dessus de ce qui est observable empiriquement, et ne peut pas, elle-même, donner naissance à une nouvelle morale.

    II. Du logique et du non-logique

    Selon Pareto les actions humaines sont soit des actions logiques soit des actions non-logiques.

    Il y aurait selon lui quatre genres d'actions non-logiques, les plus importantes étant les actions qui concernent la plupart des conduites rituelles ou symboliques, les actions de type religieux de nature sacrée, et les actions qui concernent les erreurs des scientifiques, les illusions des intellectuels et des politiques.
    Le non logique est constitué, selon lui, par ce qu'il appelle les dérivations des résidus.

    III. Les dérivations des résidus

    Pour Pareto si les actions logiques sont motivées par le raisonnement, les actions non-logiques sont motivées par le sentiment.

    Selon Pareto la plupart des actions humaines de nature sociale sont motivées par le sentiment, ont des motivations non-rationnelles.
    La cause principale en serait la puissance des idéologies et des croyances sociales, notamment pendant l'enfance.
    Ces actes non-logiques seraient donc motivés davantage par la passion que par la raison.
    Ces actes seraient très fréquents en politique, avec les conséquences, notamment juridiques, qui peuvent en découler.

    S'il en est ainsi c'est à cause de l'existence de ce que Pareto appelle les dérivations.
    Les dérivations, répertoriées en quatre classes, sont les divers moyens verbaux, les discours, utilisés par les individus et les groupes pour justifier leurs actions en leur donnant une logique, logique qu'elles n'ont pas nécessairement, ou logique qui est différente. C'est du camouflage psychologique.

    Selon Pareto c'est l'exemple classique des révolutionnaires qui luttent pour renverser un système social qu'ils déclarent oppressif, dans le but d'instaurer un nouveau système social qui, selon eux, sera un système de liberté.
    Ces révolutionnaires, ayant pris le pouvoir, peuvent être entraînés par la logique des faits à instaurer un système social réellement oppressif. Ils se justifient alors de diverses manières, toutes présentées comme étant parfaitement logiques : c'est la faute des ennemis politiques, des étrangers, des minorités, de circonstances totalement imprévisibles ...

    Les résidus c'est ce qui reste lorsque l'on écarte le camouflage psychologique, qui est la rationalisation du non-logique.
    Les résidus sont les facteurs stables du comportement. Pareto les répertorie en six classes, mais l'on peut dire, très schématiquement, qu'ils correspondent à deux comportements sociaux fondamentaux : le comportement de conservation, l'esprit d'ordre et de stabilité, la conformité, d'une part ; et le comportement d'innovation, l'esprit de création, de dévelopement ou de renouvellement, d'autre part.

    Le jeu social des résidus et des dérivations forme les élites, dont on constate partout l'existence. Des élites qui connaissent la mobilité, et qui disparaissent, dans des sociétés hiérarchisées qui sont mortelles.

    B/ Dans des sociétés hiérarchisées qui sont mortelles

    Toute société est hiérarchisée, y compris démocratique, avec des dominants et des dominés.

    Les dominants comprennent les élites (I) qui sont en constante mobilité, en circulation (II) montante et descendante, circulation descendante qui se termine au cimetière des aristocraties (III).

    I. Les élites

    Pareto nous dit qu'avec les dérivations et les résidus, les intérêts et la circulation des élites sont les facteurs qui font que la forme générale de toute société se caractérise par une mutuelle dépendance des éléments qui la composent, éléments qui sont situés dans un environnement variable, écologique, international et historique.

    Tous ses facteurs font que chaque société est différente, et composée d'éléments différents ayant des intérêts différents.

    Les intérêts sont l'ensemble des tendances, instinctives et rationnelles, qui poussent "les individus et les collectivités ... à s'approprier les biens matériels utiles, ou seulement agréables à la vie, ainsi qu'à rechercher de la considération et des honneurs"(Traité § 2009).

    Or toute population sociale est composée de deux couches, une couche inférieure qui comprend tous ceux qui ne réussissent que médiocrement dans la vie et une couche supérieure, l'élite, qui comprend tous ceux qui réussissent, dans quelque domaine que ce soit, et qui se divise en deux : l'élite non-gouvernementale et l'élite gouvernementale.

    L'élite au sens large est définie par Pareto, en dehors de toute considération morale, en attribuant aux membres de l'élite de très bonnes notes, sur dix, de la manière suivante, par exemple : "A l'habile escroc qui trompe les gens et sait échapper aux peines du code pénal, nous attribuerons 8, 9 ou 10, suivant le nombre de dupes qu'il aura su prendre dans ses filets, et l'argent qu'il aura su leur soutirer. Au petit escroc qui dérobe un service de table à son traiteur et se fait prendre par les gendarmes, nous donnerons 1" ; ou encore " A la femme politique, ..., qui a su capter les bonnes gràces d'un homme puissant, et qui joue un rôle dans le gouvernement qu'il exerce de la chose publique, nous donnerons une note telle que 8 ou 9. A la gourgandine qui ne fait que satisfaire les sens de ces hommes, et n'a aucune action sur la chose publique, nous donnerons 0."

    II. La circulation des élites

    La circulation des élites est la mobilité sociale qui affecte dans toute société les membres du groupe social dirigeant.

    Toute société est caractérisée par la nature de son élite gouvernementale, qui s'impose comme dirigeante à la couche inférieure, soit par la force soit par la ruse, car toute élite politique est soit lionne soit renarde, et lutte pour sa vie (1°), la révolution Juste étant une illusion (2°).

    1° La lutte pour la vie

    Pour Pareto, qui n'est pas marxiste, la lutte des classes est bien une donnée fondamentale de l'histoire, mais ce n'est qu'une forme de la lutte pour la vie, de même que le conflit entre le travail et le capital n'est qu'une forme de la lutte des classes.

    Supposons, dit Pareto, que le capitalisme soit remplacé par le collectivisme, le capital ne peut plus être en conflit avec le travail, donc une forme de la lutte des classes disparaît, mais d'autres formes apparaissent alors : des conflits surgissent entre les diverses catégories de travailleurs de l'Etat socialiste, entre intellectuels et non-intellectuels, entre citadins et paysans, au sein de l'élite gouvernementale entre les innovateurs et les conservateurs, entre les membres de l'élite gouvernementale et les membres de la couche inférieure, etc ...

    2° L'illusion révolutionnaire

    Depuis toujours, nous dit Pareto, les révolutionnaires affirment que leur révolution sera différente des autres - celles du passé qui n'ont abouti qu'à duper le peuple.
    Leur révolution sera, elle, enfin, la vraie révolution, celle qui, définitivement, apportera la Justice, et le peuple peut y croire.
    Malheureusement, nous dit-il, cette "vraie" révolution, qui doit apporter aux hommes un bonheur sans mélange, n'est qu'un décevant mirage, qui jamais ne devient réalité, et les révolutions conduisent, elles-aussi, leurs aristocraties au cimetière.

    III. Le cimetière des aristocraties

    Selon Pareto l'histoire est fondamentalement l'histoire de la vie et de la mort des élites gouvernementales, les aristocraties, pour lui :"L'histoire est un cimetière d'aristocraties"(Traité § 2053).

    L'histoire des sociétés, nous dit-il, est celle de la succession de minorités privilégiées qui se forment, qui luttent, qui arrivent au pouvoir, en profitent, et tombent en décadence, pour être remplacées par d'autres minorités.

    S'il en est ainsi, nous dit-il, c'est que les élites se détruisent elles-mêmes par la guerre, ou s'amollissent dans la paix, les renards, les rusés, succèdent alors aux lions, les forts, puis finissent par succomber eux-mêmes à l'assaut des lions ennemis.

    Pareto est convaincu que la décadence menace toute société qui ne pratique pas la mobilité sociale, la circulation des élites.

    Selon Pareto dans toute société l'élite comprend des individus qui ne méritent pas d'en faire partie. Et la couche inférieure comprend des individus qui mériteraient de faire partie de l'élite.
    Donc nous dit-il, si l'élite gouvernementale est, déjà, contrôlée par les vieux renards, ceux-ci, par crainte des jeunes lions de la couche inférieure, feront tout pour les éliminer, jusqu'au moment où, ne pouvant plus résister à la pression, c'est eux qui seront alors éliminés.
    Donc nous dit-il, si l'élite gouvernementale est encore assez forte, son intérêt sera d'intégrer, par la mobilité sociale, les lions de la couche inférieure : c'est, selon Pareto, ce que fait intelligemment, depuis des siécles, l'Establishment britannique...

    Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955)

     

    Une biographie

    Persistance du Sacré

    L'idéal : l'éternité du Bonheur par la construction de l'ultrahumain

    La vie de Teilhard est intimement liée à son oeuvre, même si cette dernière fut considérée de son vivant comme étant hétérodoxe par le Vatican.

    1. La vie et l'oeuvre

    Pierre Teilhard de Chardin est issu d'une famille catholique traditionnelle, monarchiste.
    Entré chez les Jésuites en 1899 il s'intéresse très tôt à la géologie. Après une thèse sur les mammifères de l'Eocène supérieur (1922) il enseigne à l'Institut catholique de Paris et participe à de nombreuses expéditions anthropologiques en Orient et en Extrême-Orient de 1928 à 1938 (croisière jaune Citroën 1931-1932).
    Teilhard voudrait réconcilier le catholicisme avec la science et se donne la mission de réaliser une synthèse évolutionniste, ce qui révulse la hiérarchie romaine. Le Vatican lui interdit toute publication autre que purement scientifique.
    A Pékin pendant la deuxième guerre mondiale, de 1939 à 1946, il séjourne en France de 1946 à 1951 en espérant avoir de Rome l'autorisation de présenter sa candidature au Collège de France, sans résultat positif.
    Il se réfugie à New York où il décède en 1955.

    Ses oeuvres philosophiques sont alors publiées avec un succès considérable. En 1962, année du Concile Vatican II, le Saint-Office lance un appel exhortant les responsables de l'enseignement religieux "à défendre les esprits, particulièrement ceux des jeunes, contre les dangers des ouvrages de P. Teilhard de Chardin et de ses disciples". En 1981, à l'occasion du centenaire de sa naissance, le Vatican fait savoir que Teilhard n'est plus considéré comme ayant une pensée hétérodoxe.
    L'essentiel de l'oeuvre philosophique a été publié par les Editions du Seuil: Oeuvres de Pierre Teilhard de Chardin, 13 vol., 1955-1976. L'ensemble de l'oeuvre comprend une quarantaine de volumes.

    2. La « théosophie » de Chardin : du statisme juridique libéral au dynamisme holistique de la cosmogénèse

    2.1. Contre l'ordre juridique individualiste

    L'ordre juridique issu de la Révolution de 1789 repose sur une conception individualiste de l'Homme. Le système juridique libéral a pour objet de protéger l'individu "contre tout envahissement extérieur" (Pierre Teilhard de Chardin, L'énergie humaine, Le Seuil, Paris, 1955, p.132).
    L'ordre juridique libéral est statique. Or le vivant est force et changement, différence et complémentarité, énergie cosmique insérée dans l'Etre total de l'Univers.
    L'ordre juridique moderne se caractérise par son individualisme et son statisme alors que l'Homme appartient à l'Univers et que l'Univers est en Evolution. Le droit moderne est fondamentalement acosmique et donc asocial.

    2.2. La nature cosmique de l'Homme

    L'Homme est un être cosmique et non pas "une cire vierge" sur laquelle l'on peut tout écrire et n'importe quoi. Ses lignes de croissance sont biologiquement définies.La science juridique ne peut être séparée de toutes les autres sciences.
    En tant que personne, c'est à dire en tant que tout, membre du Tout cosmique, l'être humain a le devoir fondamental de se perfectionner, de se personnaliser dans le sens de l'Evolution qui porte la Noosphère vers le Point Oméga, c'est à dire de l'origine spirituelle à l'aboutissement spirituel.
    C'est l'évolution qui permet de distinguer le Juste de l'Injuste, de dire ce qui est véritablement Droit.

    2.3. La Loi de l'Evolution

    Pour Teilhard l'Univers n'est pas un ordre mais un processus. Rien n'est immuable dans l'univers, "La nature est devenir". La "dérive universelle" est au coeur du Temps et de l'Espace. Tout évolue, se transforme et se complexifie dans un processus cosmogénétique total.
    Le processus est Hominisation, évolution du phénomène humain du préhumain à l'ultrahumain, par spiritualisation de la Matière. La Loi de l'Evolution c'est la loi profonde de la montée de l'énergie cosmique qui culmine dans l'énergie humaine.
    La Loi de l’Evolution c'est la Loi de Progrès dont l'expression la plus haute est la Loi générale et suprême de la Moralité :"Tout tenter pour savoir et pouvoir toujours plus", c'est la Morale de l'Evolution cosmogénésique.

    2.4. La Morale de l'Evolution cosmogénésique

    L'objectif est le Point Oméga, la fusion de tout dans le Tout. Le moyen est l'Hominisation par la personnalisation.
    La personnalisation ne peut résulter que du dynamisme de la socialisation, qui est force, et non du statisme asocial du droit moderne libéral. Entre la force socialisante et le droit libéral c'est la force qui prime moralement le droit. Plus précisément, s'il y a une force du droit, c'est la force du droit de la force.
    Le Juste, c'est à dire le Droit, est de permettre le plein développement de la force de socialisation. Est injuste, est péché, tout ce qui limite la force socialisante et donc personnalisante. Le droit moderne, qui est injuste, disparaîtra.

    2.5. La disparition du droit moderne

    Toutes les lois morales et juridiques du monde moderne seront absorbées par l'Evolution cosmogénétique. Le droit libéral sera remplacé par l'"Amour cosmique", l'amour biologique évolutif, "l'énergie psychique universelle". Par une socialisation progressive et croissante l'organique se substitue au juridique.
    Par le développement et la montée de la spiritualisation l'ajustement de l'Un au Tout devient automatique parce que nécessaire. Pour qu'il en soit ainsi il suffit de laisser jouer "la nature essentiellement biologique des lois morales et sociales" qui universalise, "organicise" et automatise la Responsabilité.
    Voilà qui est Bien et Beau. Mais qui donc est responsable de la Responsabilité ? Teilhard de Chardin nous dit que le moraliste et le juriste de la modernité seront remplacés par l'Ingénieur de l'Energétique, "qui devient le technicien et l'ingénieur des énergies spirituelles du monde" ...

    Francisco de Vitoria (v. 1480-1546)

     

    § 1 - La vie et l'oeuvre

    Né vers 1480 dans la ville de Vitoria, Francisco de Vitoria est un moine catholique dominicain (ordre des prêcheurs, O.P., fondé par Domingo de Guzman, v. 1170-1221, ayant pour mission de lutter idéologiquement contre les hérésies).
    Il fait ses études à Paris, puis y devient Maître avant de rejoindre l'Université de Salamanque, la plus célèbre de l'époque.
    On peut dire qu'il est disciple d'Aristote et de saint Thomas d'Aquin.

    Il est aujourd'hui considéré comme étant l'un des fondateurs du droit international.
    Son ouvrage principal en la matière est le Relectiones morales, recueil de cours faits à Salamanque (1696).

    § 2 - La philosophie du droit de Francisco Vitoria : l'Etat et le droit international

    A - L'Etat

    Selon Vitoria l'Etat est une "communauté qui est son propre Tout par elle-même", qui est indépendante physiquement (géographiquement), politiquement et juridiquement.

    L'Etat est une communauté qui se suffit à elle-même :
    - quant à son territoire,
    - quant à sa population,
    - quant à son organisation et à son gouvernement.

    Cependant l'indépendance de l'Etat n'est pas absolue car l'autorité de l'Etat se heurte d'une part à l'existence de la morale et du droit (B) et d'autre part à l'existence d'une communauté internationale (C).

    B - La morale et le droit

    Vitoria ne distingue pas clairement la morale du droit et notamment le droit naturel du droit positif.
    Il affirme cependant que le droit international, le Jus gentium, est constitué par les règles que "la raison naturelle a établies entre les Nations".

    Le droit des gens est obligatoire car il tire sa force du droit naturel dont il découle.
    Ces règles résultent du consentement de la majeure partie de l'Univers pour le bien de tous, et elles s'imposent à la minorité.
    Parmi ces règles l'on peut citer : l'inviolabilité des ambassadeurs, la communauté de la mer, le fait que les prisonniers de guerre sont des esclaves, etc.

    En application de ces règles l'Etat ne peut faire que des guerres justes.
    La guerre est juste lorsqu'il s'agit de défendre les droits de ses ressortissants et le "bien commun de l'Univers" qui consiste essentiellement à faire du commerce international.
    L'on peut donc conquérir par les armes les Etats qui refusent de s'ouvrir à ce commerce international.
    L'Etat fort peut d'autre part agir pour le compte d'un Etat faible qui ne peut défendre lui-même ses propres droits.
    Tout cela résulte du fait qu'il existe une Communauté internationale qu'il faut protéger.

    C - La Communauté internationale

    En effet dans l'état de nature primitif tous les biens étaient communs.
    Lorsque les Etats se sont formés ils ont dû respecter les droits égaux que les individus avaient sur toute chose. Or le droit fondamental des individus est d'entretenir des relations commerciales.
    La Communauté internationale est donc ouverte aux échanges.

    Les Etats se doivent donc de respecter certains droits :
    - la liberté de la mer et des fleuves,
    - le droit d'aller et venir,
    - le droit d'acquérir une nationalité,
    - le droit de faire du commerce.

    Edward O. Wilson (1929 - )


    Le fondateur de la sociobiologie

    La sociobiologie est née aux Etats-Unis d'Amérique en 1975 lorsque Edward O. Wilson, professeur de zoologie à Harvard, publie son ouvrage fondamental "Sociobiology, the new synthesis".

    La sociobiologie est née des recherches les plus récentes en éthologie, la science du comportement animal, en écologie et en biologie génétique.

    La sociobiologie a pour objet de rechercher les causes et les conséquences de la socialité, de la vie sociale. La sociobiologie s'est beaucoup intéressée aux fourmis, des insectes particulièrement performants, et a constaté que la socialité était un phénomène commun à différents groupes animaux, notamment aux primates donc à l'Homme.

    Les sociobiologues pensent que les êtres vivants sont en perpétuelle compétition pour essayer d'améliorer leur situation. Plus précisément, selon Wilson, l'organisme vivant n'existe pas pour lui-même mais pour permettre la reproduction de ses gènes, la transmission de son génotype, son patrimoine génétique, dans les meilleures conditions possibles, quantitatives et qualitatives. L'individu stérile assure le succés de son patrimoine génétique en favorisant la reproduction des individus fertiles de sa parenté (kin selection, théorie de la parentèle, découverte par le britannique W.D. Hamilton en 1964), c'est le fondement de l'altruisme. Et c'est la faculté de reconnaître ses parents génétiques qui permet d'orienter ses relations sexuelles de telle sorte que l'inceste soit évité.

    Pour Wilson la "nature humaine" est faite d'un certain nombre de contraintes biologiques, codées génétiquement, qui amènent les différents humains à prendre les mêmes décisions dans un large éventail de contextes. Wilson pense que le moteur du comportement social est l'égoïsme biologique qui permet la conservation de ses propres gènes et/ou de leurs copies, ce qui conduit les individus à s'affronter socialement pour l'acquisition de la dominance - car la dominance sociale, directement liée à l'agressivité, peut se traduire par un grand succés reproductif.

    Edward O. Wilson et les sociobiologistes ont été violemment attaqués aux Etats-Unis et en France par les scientifiques environnementalistes marxistes ou proches du marxisme (radical-scientists, le généticien Richard Lewontin (et autres auteurs, Nous ne sommes pas programmés : génétique, hérédité, idéologie, La Découverte, Paris, 1985) et le biologue et géologue Stephen Jay Gould (La Mal-mesure de l'Homme, Ramsay, Paris, 1983 ; La Vie est belle, les surprises de l'évolution, Le Seuil, Paris, 1991) du groupe Science for the People. Pierre Thuillier, Les biologistes vont-ils prendre le pouvoir, la sociobiologie en question, Editions Complexe, Bruxelles, 1981.). La sociobiologie est accusée d'être une idéologie déterministe, sexiste et raciste.

    Selon le sociobiologue Français Pierre Jaisson (La Fourmi et le sociobiologiste, Odile Jacob, Paris, 1993, p.17) la sociobiologie n'est pas une idéologie "mais une discipline scientifique qui regroupe plusieurs théories parfois incompatibles entre elles". Il n'y a pas prédestination mais prédisposition :"la plupart des sociobiologistes considèrent que les aptitudes comportementales des animaux et de l'Homme sont permises par leurs potentialités génétiques" et se développent "sous l'influence du vécu de l'individu". Les différences sexuelles existent mais ces différences ne sont pas des inégalités, "elles participent à la richesse globale de l'espèce". "La sociobiologie humaine s'intéresse aux comportements universels de l'espèce humaine ... Il n'y a pas de travaux sociobiologiques sur les comparaisons interethniques (la notion de race est particulièrement floue chez l'Homme)".

    Edward O. Wilson, Sociobiology, the new synthesis, Havard University Press, 1975, La Sociobiologie, Le Rocher, Monaco/Paris, Cambridge (USA), 1987 ; On human nature, HUP, 1978, L'Humaine nature. Essai de sociobiologie, Stock, Paris, 1979. Charles Lumsden & Edward Wilson, Genes, Mind and Culture, HUP, 1981 ; Promethean Fire, HUP, 1983, Le Feu de Prométhée, Réflexions sur l'origine de l'esprit, Mazarine, Paris, 1984 ; L'unicité du savoir, de la biologie à l'art, une même connaissance, Robert Laffont, Paris 2000.
    Pour certains sociobiologues l'organisme vivant n'est qu'un "véhicule à gènes", Richard Dawkins, The Selfish Gene, Oxford, 1976, Le Gène égoïste, Menges, Paris, 1978, Armand Colin , Paris, 1990.

    Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

     

    Considéré en France comme étant le père spirituel de la Révolution de 1789, le calviniste Jean-Jacques Rousseau est né huit ans après la mort de l'anglican John Locke, le père du libéralisme politique.
    Mais le célèbre Jean-Jacques était-il un libéral "à l'anglaise"? Ni sa vie (La vie et l'oeuvre § 1) ni sa doctrine (La philosophie du droit de Rousseau § 2) ne permettent de le dire totalement.

    § 1. La vie et l'oeuvre

    Jean-Jacques Rousseau est né en 1712 à Genève d'une famille française huguenote émigrée en 1540.
    Son aïeul Didier Rousseau était un libraire parisien. Ses descendants devinrent à Genève des fabricants de montres et accumulèrent une fortune non négligeable. Cependant celle-ci fut partagée entre dix enfants et le père de Jean-Jacques Rousseau, qui est lui-même horloger, gaspille presque tout son héritage.
    Jean-Jacques Rousseau n'est donc pas, comme on le dit encore assez souvent, un fils du peuple mais le fils d'un bourgeois déclassé et aigri.

    Sa mère est morte en le mettant au monde. Son père, qui doit quitter Genève après une rixe, le laisse confié, à 10 ans, aux soins d'un pasteur, qui le met en apprentissage chez un greffier puis chez un graveur.
    En 1728 il s'enfuit de Genève et est recueilli à Annecy par Mme de Warens qui aurait été un agent secret du Roi de Sardaigne, et qui, après quelques péripéties, en fait son amant.

    En 1741 Jean-Jacques Rousseau vient à Paris où Denis Diderot le fera collaborer à l'Encyclopédie.
    En 1746 il "rencontre" une servante illettrée, Thérèse Levasseur, dont il aura cinq enfants naturels, qu'il met à l'assistance publique ...
    En 1749 il écrit son Discours sur les sciences et les arts qui parut en janvier 1751.
    Après la représentation de son opéra Le Devin du Village (1752) et son Discours sur 1'0rigine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) il se retire à l'Ermitage (1756) puis à Montmorency (1758) où il écrit la Lettre à d'Alembert sur les spectacles (1758), la Nouvelle Héloïse (1761) et deux de ses oeuvres les plus importantes :
    - Le Contrat social, Principes du droit public (1762)
    - Emile (1762), sur l'éducation des enfants ...

    Les Confessions paraîtront après la mort de Rousseau qui survient, en 1778, à Ermenonville.

    Pour une biographie plus complète

    § 2. La philosophie du droit de Rousseau : la loi résulte de la volonté générale, de la souveraineté populaire

    Rousseau, comme beaucoup d'autres théoriciens bourgeois protestants avant lui (Hugo Grotius (1583-1645), Samuel Pufendorf (1632-1694), Christian Wolff (1679-1754), notamment) est un théoricien du droit naturel moderne.
    Contrairement à leurs oeuvres, difficilement accessibles, sa théorie de l'état de nature et du contrat social (A/) a surtout le mérite d'être très "lisible", ainsi d'ailleurs que sa théorie de la souveraineté populaire (B/).

    A - L'état de nature et le contrat social

    "L'homme est né libre, et partout il est dans les fers... . Comment ce changement s'est-il fait ? Je l'ignore. Qu'est-ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette question". (Préambule au Contrat social).

    Donc, selon Rousseau, comme pour Locke, l'homme est né libre et bon. C'est la société qui l'a corrompu. Les sciences et les arts, dans le Discours sur les sciences et les arts, l'inégalité, dans le Discours sur l'inégalité ont dénaturé l'homme.

    Toujours selon notre théoricien calviniste, dans l'état de nature l'homme était parfaitement heureux : "Je vois l'homme se rassasiant sous un chêne, se désaltérant au premier ruisseau, trouvant son lit au pied du même arbre qui lui a fourni son repas. Les seuls biens qu'il connaisse dans l'univers sont la nourriture, une femelle et le repos. Les seuls maux qu'il craigne sont la douleur et la faim, il n'a nul besoin de ses semblables et n'en reconnaît aucun individuellement". L'être humain est alors un "heureux sauvage".

    Puis l'homme qui vivait donc isolé et heureux, par des circonstances fortuites, noue des relations avec ses semblables, mais tout en continuant à être indépendant, donc libre.
    Cette seconde période de l'état de nature est encore plus heureuse que la première.

    C'est par un malheureux "hasard" que l'homme sort de cette seconde période pour entrer dans une période de désordres causés par l'inégalité, la richesse et la misère, les rivalités et les passions.
    Ce "hasard" c'est l'invention de la métallurgie et de l'agriculture, qui engendrent la propriété privée.

    Pour sortir de cette période de malheurs les hommes doivent alors s'associer pour créer la société civile, l'Etat, de façon à sauvegarder leur liberté primitive et naturelle, tout en assurant leur sécurité.
    C'est le contrat social qui permet de passer de la période malheureuse de l'état de nature à la société civile.

    Mais comment concevoir une société civile qui assure la sécurité tout en sauvegardant la liberté ?
    La conciliation sécurité - liberté résultera du règne de la volonté générale.

    B - La loi résulte de la volonté générale

    La souveraineté n'appartient pas au plus fort ou à quelques-uns en vertu de quelques privilèges prétendument naturels.
    La souveraineté appartient au peuple et est inaliénable et indivisible.
    La souveraineté c'est la Volonté générale, qui est dégagée par la majorité et qui est la source de la loi.

    Le fondement de la théorie est simple, il repose sur un postulat, à savoir que les hommes sont égaux.
    Les hommes étant égaux aucun d'entre eux ne peut se prévaloir de quelque supériorité que ce soit.
    La souveraineté ne saurait donc appartenir à aucun d'entre eux en particulier, elle appartient à tous à la fois.

    Pour Rousseau le peuple étant souverain chaque citoyen possède une fraction de la souveraineté.
    Si le peuple est composé de 10.000 citoyens chaque citoyen possède la 10.000ème partie de la souveraineté. La conséquence est que chaque citoyen doit participer au choix des gouvernants et que la démocratie doit reposer sur le suffrage universel.

    Cependant cette démocratie ne sera pas représentative mais directe.
    Si le peuple ne peut intervenir lui-même pour délibérer et discuter l'élaboration des lois il doit y avoir au moins un référendum d'acceptation.

    Quant aux gouvernants, aux ministres, ils ne sont que les commis (mandat impératif) du peuple, de "simples officiers exerçant en son nom le pouvoir ..." (Contrat social, Livre III~ Chape 7).

    Dans un tel système de démocratie directe Rousseau ne pense pas que le meilleur gouvernement soit le gouvernement démocratique, c'est-à-dire un gouvernement dans lequel le peuple soit à la fois législatif et exécutif.
    La monarchie républicaine, c'est-à-dire le pouvoir exécutif d'un homme dépendant de la souveraineté du peuple (système présidentiel américain), serait un gouvernement possible mais dangereux. En effet l'exécutif étant aux mains d'un seul homme, de commis qu'il doit être par rapport à la vo- lonté générale peut devenir maître et tyrannique.

    Voilà pourquoi Rousseau préfère le gouvernement oligarchique, c'est-à-dire le gouvernement de quelques-uns soumis à la volonté générale, à la souveraineté populaire, pour la raison que le peuple aura moins à craindre du gouvernement de plusieurs que du gouvernement d'un seul (par exemple le gouvernement de la Convention avec Robespierre ... ?).

    Si le système de Rousseau eut un succès théoriquement certain, la bourgeoisie française de 1789 n'entendait pas, cependant, aliéner son pouvoir de fait aux mains du peuple et c'est pourquoi l'abbé défroqué Sieyès élabora une théorie voisine de celle de Rousseau mais jugée beaucoup moins politiquement dangereuse.

    La théorie de la souveraineté nationale fut préférée à la théorie de la souveraineté populaire.
    En vertu de la théorie de la souveraineté nationale c'est bien le peuple qui est souverain mais le peuple dans son ensemble, pris globalement, ce peuple c'est la Nation, une entité considérée comme étant un être réel distinct des individus la composant.
    La Nation étant souveraine a évidemment un droit à l' exercice de cette souveraineté mais étant une entité ne peut l'exercer directement elle-même.
    Le gouvernement sera donc un gouvernement représentatif (pas de mandat impératif). Et les représentants ne seront pas nécessairement élus au suffrage universel qui ne s'impose pas logiquement dans ce système.
    C'est ainsi que les membres de l'Assemblée nationale constituante de 1789, non élus eux-mêmes au suffrage universel, introduisirent dans la Constitution de 1791 (décret du 22 décembre 1789) le suffrage restreint et censitaire.

    Georges Scelle (1878-1961).

    Georges Scelle (1878-1961).

    § 1 - La vie et l'oeuvre

    Né à Avranches (Manche, France) en 1878 Georges Scelle a fait ses études supérieures à la Faculté de droit de Paris et à l"Ecole libre des sciences politiques".
    Après l'agrégation en 1912 il enseigne le droit international et le droit des relations industrielles à la Faculté de droit de Dijon, poste qu'il retrouve après la guerre.
    En 1933 Georges Scelle est nommé à Paris où il enseigne le droit international à la Faculté de droit, jusqu'à sa retraite en 1948.
    Il a représenté la France dans les organismes internationaux et a participé à des cabinets ministériels.

    Son oeuvre comprend essentiellement :
    - Précis de droit des gens, 2 vol. Paris 1932 et 1934
    - Règles générales du droit de la Paix, R.C.A.D.I. 1933, IV, pp.331-697
    - Manuel de droit international public, Paris 1948

    § 2 - La philosophie du droit international de Georges Scelle

    La théorie de Léon Duguit a été reprise et développée par Georges Scelle en droit international.
    Georges Scelle, comme Léon Duguit, un disciple d'Emile Durkheim, fonde le droit sur la solidarité, la solidarité par similitude et la solidarité par division du travail, qui entraîne les échanges sociaux.

    Selon nos auteurs le droit naît des nécessités biologiques, il est secrété par le groupe social parce qu'il est nécessaire à la survie du groupe social. Il est donc "naturel" dans le sens d'ojectif, car il s'agit d'un impératif social traduisant une nécessité vitale.
    Ce droit objectif s'oppose au droit positif qui est l'ensemble des règles sociales en vigueur dans un groupe social déterminé, à une époque déterminée.

    Le droit positif n'est que la traduction du droit objectif, une traduction plus ou moins fidèle,mais une traduction qui se doit d'être la plus fidèle possible car le respect du droit objectif est la condition fondamentale de la survie du groupe.

    Le fondement biologique du droit est applicable au droit international comme au droit interne.
    De même que l'Etat n'est qu'un groupement social de superposition la société internationale est la composante de groupes plus restreints. Les groupes sociaux sont composés d'individus ayant des rapports de solidarité.
    Il n'existe pas de différences fondamentales entre les groupes sociaux composés d'individus ayant la même nationalité et les groupes sociaux internationaux comprenant des individus de nationalité différente.
    Tous les groupements sociaux secrètent leur droit objectif.

    La société universelle, la communauté humaine globale, secrète également son droit objectif qui est le droit des "gens", c'est-à-dire le droit des individus, le droit des membres du groupe social mondial.
    De même que le droit objectif de la société étatique qui inclut des groupes sociaux plus restreints est supérieur au droit objectif de ces groupes restreints, de même le droit objectif de la société universelle, le droit des "gens" est supérieur au droit objectif des Etats, des groupes sociaux territoriaux.
    C'est la loi de la hiérarchie des normes. La norme étatique est subordonnée à la norme internationale. Le droit international est un ordre juridique de superposition.

    Certes la société universelle ne comporte pas encore d'organes pouvant constater l'existence du droit objectif et le transformer ainsi en droit positif dont il faudrait assurer l'exécution.
    En attendant la formation d'un groupe social universel aussi élaboré que le groupe social étatique ce sont les Etats qui, en vertu de la loi du dédoublement fonctionnel, agissent à la fois pour leur compte et au nom de la société universelle en participant à la formation du droit international, droit positif, et en assurent son exécution.

    Guy de Maupassant (1850-1893)

    Remarquable nouvelliste, et romancier moins apprécié, il meurt de ses excès de vitalité ...

    1
    Un artiste habile en cette partie, un massacreur de génie, M. de Molkte, a répondu aux délégués de la paix les étranges paroles que voici :"La guerre est sainte, d'institution divine ; c'est une des lois sacrées du monde ; elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments : l'honneur, le désintéressement, la vertu, le courage, et les empêche de tomber dans le plus hideux matérialisme".
    Ainsi, se réunir en troupeaux de 400 000 hommes, marcher jour et nuit, ne penser à rien ni rien étudier, ni rien apprendre, ne rien lire, n'être utile à personne, pourrir de saleté, coucher dans la fange, vivre comme des brutes dans un hébétement continu, piller les villes et brûler les villages, ruiner les peuples, puis rencontrer une autre agglomération de viande humaine, se ruer dessus, faire des lacs de sang, des plaines de chair pilée mêlée à la terre boueuse et rougie, des monceaux de cadavres, avoir les bras ou les jambes emportées, la cervelle écrabouillée sans profit pour personne, et crever au coin d'un champ tandis que vos vieux parents, votre femme et vos enfants meurent de faim ; voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.
    Sur l'eau (1888), Gallimard 1993, Folio n°2408.

    PLATON (428-348)

     

    1. La vie et l'oeuvre

    Aristoclês, dit Platôn (les larges épaules), est né vers 428 avant Jésus-Christ, à Athènes, dans une famille de l'aristocratie, politiquement influente dans l'opposition à la démocratie.
    A 20 ans Platon devient le disciple de Socrate (v.470-399) et le demeure jusqu'à la mort, héroïque et symbolique, de celui-ci.
    Puis il est le disciple d'Euclide de Mégare et réside quelque temps auprès du tyran et mathématicien Archytas de Tarente.

    Platon aurait souhaité jouer un rôle politique à Athènes, mais les démocrates, alors au pouvoir, ne lui permettant pas, Platon essaye d'intervenir à Syracuse pour faire triompher son "gouvernement des magistrats-philosophes", auprès du tyran Denys l'Ancien chez lequel il se rend en 389.
    Mais Denys l'Ancien suspecte Platon de vouloir le faire renverser au profit de son beau-frère, Dion, disciple du philosophe.
    Platon est embarqué de force sur un navire spartiate et vendu en esclavage par le capitaine, puis libéré.

    Le philosophe fonde alors, à Athènes, en 387, son école, l'Académie, qui subsistera jusqu'en 529 après Jésus-Christ.

    Pendant 20 ans Platon se consacre à l'enseignement et à l'écriture.

    En 367 il se rend de nouveau en Sicile, appelé par Dion, auprès de Denys le Jeune qui a succédé à son père. Mais Denys le Jeune exile Dion et Platon doit regagner la Grèce.
    En 361 une nouvelle tentative auprès de Denys le Jeune se solde encore par un échec.
    Cependant, en 357, Dion réussit à renverser Denys le Jeune et à instaurer à Syracuse une dictature platonicienne - mais il est assassiné en 354.
    Platon décède en 348 avant J. C.

    L'oeuvre de Platon se compose de 28 Dialogues (dont deux véritables traités, La République et Les Lois) et de lettres.

    L'oeuvre peut être divisée en trois parties :
    -1°: Les dialogues de jeunesse (Apologie de Socrate, Criton, Gorgias) qui correspondent à la période socratique de Platon ;
    -2°: Les dialogues de maturité (Phédon, Le Banquet, La République) qui correspondent à la période de l'idéalisme objectif pendant laquelle Platon s'interroge sur le fondement de la connaissance, sur le Juste ;
    -3°: Les derniers dialogues (Le Sophiste, Parménide, Le Politique, Philèbe, Timée, Les Lois) dans lesquels Platon, désabusé donc plus réaliste, essaie de remédier aux insuffisances de sa doctrine.

    Pour le juridique les trois principaux ouvrages sont : La République, Le Politique, Les Lois.

    Les oeuvres complètes de Platon ont été publiées en français par l'Association Guillaume Budé (Paris 1920-1964), les Editions Garnier et la Bibliothèque de la Pléiade (Paris 1940-1942).

    2. La philosophie du droit de Platon : le règne du Juste par le gouvernement des magistrats-philosophes.

    2.1. Situation.

    La philosophie de Platon se situe dans la Tradition indo-européenne, idéologie commune aux peuples issus d'Europe centrale et de Russie du Sud qui, à partir de 2000 environ avant J-C, s'installent sur les territoires actuels de l'Iran puis de l'Inde du Nord-Ouest (les Aryas), de la Turquie (les Hittites), de la Grèce (les Hellènes), de l'Italie (les Italiques qui deviendront, notamment, les Romains), de l'Allemagne du Sud, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Espagne et du Portugal (les Celtes qui seront ensuite repoussés par les Germains du IVème au VIIème siècle après J-C). Les Slaves sont également des indo-européens, dont la migration vers le Sud et l'Est de l'Europe commence au VIème siècle de notre ère.

    C'est le français Georges Dumézil (1898-1986) qui a mis en évidence le trait commun de tous ses peuples dans le domaine politique, à savoir la répartition de la Société en trois classes fondamentales hiérarchisées : celle des prêtres-souverains, celle des guerriers, celle des producteurs; ces trois classes correspondants aux trois fonctions de la Souveraineté (idéologique et politique), de la Sécurité et de la Fécondité.

    La philosophie de Platon a influencé tout le monde méditerranéen puis l'Occident tout entier par Augustin puis la Renaissance.

    (Les premiers disciples de Platon étaient tellement émerveillés par la philosophie de leur maître que sa vie devint légendaire : par exemple l'on affirma que sa mère l'avait conçu avec le dieu Apollon tout en demeurant vierge...)

    2.2. De l'Univers au Droit.

    L'Univers est l'oeuvre d'une Intelligence Souveraine, absolue, idéale et éternelle.
    L'Univers est l'oeuvre d'un Démiurge - c'est à dire d'un architecte qui, à partir d'un modèle théorique qui est éternel et parfait, idéal et absolu, a construit matériellement le monde tel qu'il est, a créé le Monde.
    Cet Univers ordonné et vivant est habité par les modèles éternels que sont les Idées : seules les Idées sont réelles et absolues - telles l'Idée du Beau, l'Idée du Bien, l'Idée du Juste.
    Dans le domaine de l'Art l'Idéal à atteindre est le Beau.
    En Morale l'Idéal à atteindre est le Bien.
    La Politique c'est la Morale de l'Etat, c'est le gouvernement de l'Etat par la Justice. Dans l'Etat le Bien c'est le Juste.

    Si, de fait, à son époque, la Justice ne règne pas dans l'Etat, c'est l'Idéal à atteindre au moyen du "gouvernement des magistrats-philosophes" - gouvernement idéal qu'il propose dans La République.

    2.3. Le Droit.

    2.3.1. Le Droit c'est le Juste.

    La mission de l'homme politique est la découverte du Droit, c'est à dire du Juste, et les lois ne peuvent être que justes :
    "Une loi injuste, une loi mauvaise, n'est pas une loi, n'est pas du droit (Les Lois, IV,715b)".
    Pour Platon le Droit ne peut être l'ensemble des règles positives émanant de l'Etat.

    Le Droit c'est le Juste, mais qu'est-ce que le Juste ?

    Selon Platon, dans La République, la Justice est la vertu qui attribue à chacun sa part. Mais comment savoir quelle est la part de chacun ?

    Ce sont les gouvernants qui le savent, lorsqu'ils sont sages, qu'ils raisonnent justement, qu'ils ont une sorte d'inspiration de ce qui est juste parce qu'ils sont philosophes.

    De même que ces sages se soumettent à la Justice pour ce qui est de leur vie intérieure - ce qui signifie qu'ils soumettent leurs instincts à leurs sentiments et leurs sentiments à la raison - de même, dans la Cité, ils sauront faire des lois justes, ils sauront dire le Droit.

    Cela consistera à faire en sorte que l'homme accomplisse sa tâche dans la condition où l'appellent ses capacités.

    2.3.2. Les trois classes.

    Les capacités variables des hommes les conduisent à appartenir à trois classes sociales subordonnées les unes aux autres :
    - la classe des magistrats-philosophes qui gouverne,
    - la classe des guerriers-gardiens qui maintient ce qui est,
    - la classe des producteurs, agriculteurs et artisans, qui produit.

    La Justice dans la Cité est la subordination hiérarchique des classes : la sensualité, le "matérialisme vulgaire", des producteurs est subordonnée au .i.courage; des guerriers, qui est lui-même subordonné à la sagesse des magistrats-philosophes.

    Cette juste hiérarchie n'est pas totalement bloquée : une mobilité sociale existe, qui résulte de l'éducation.

    2.3.3. La sélection par l'éducation.

    Les âmes des êtres humains ne sont pas toutes de même valeur, de même qualité : les unes sont d'or, d'autres sont d'argent, d'autres encore de fer.
    Le Juste sera de permettre à ceux qui ont des âmes d'or de devenir magistrats, à ceux qui ont des âmes d'argent d'être gardiens, et à ceux qui onr des âmes de fer d'être producteurs.

    Les magistrats sont tenus de faire respecter la hiérarchie au moyen de la sélection par l'éducation.
    L'éducation est un monopole de l'Etat, qui ne concerne par principe que les enfants, fils et filles, des gardiens. Ce n'est qu'exceptionnellement que les enfants de la classe inférieure pourront devenir gardiens, par le libre choix des magistrats.

    Tout d'abord, les gardiens ne vivent pas en famille mais en communauté.
    Il y a "communauté des femmes" et "communauté des biens", ainsi les enfants ne connaîtront pas leurs pères et ceux-ci pourront se consacrer entièrement au service de la Cité.
    Mais les femmes sont les égales des hommes, et peuvent donc être, elles-aussi, des gardiennes.

    Ensuite leurs enfants sont élevés en commun par l'Etat, qui les sélectionne pour faire descendre dans la hiérarchie ceux qui ont une âme de fer et pour enseigner aux autres, jusqu'à l'âge de 30 ans, le courage, la gymnastique, l'art militaire, l'arithmétique et la géométrie ainsi que la musique. Les meilleurs apprennent encore la physique et l'astronomie.

    A 30 ans une nouvelle sélection s'opère parmi les meilleurs qui deviennent des apprentis magistrats auxquels on enseigne la philosophie, et particulièrement la dialectique - c'est à dire l'art du dialogue logique.
    Ces jeunes philosophes ne deviennent pas des contemplatifs. Ce sont toujours des gardiens (ou gardiennes), classés hiérarchiquement en différents grades, des hommes (ou des femmes) d'action.

    C'est seulement à 50 ans que les meilleurs des gardiens-philosophes sont cooptés par les magistrats pour devenir magistrats eux-mêmes.

    2.4. La source du Droit.

    Seuls les magistrats sont compétents pour dire le Droit, donc pour dire ce qui est Juste, donc pour gouverner.

    Selon l'"allégorie de la caverne" (La République, Livre VII) les hommes sans éducation sont prisonniers des apparences et ne peuvent voir que les ombres des choses.
    Les hommes sans éducation sont comme des prisonniers enchaînés depuis toujours dans une caverne, de telle sorte qu'ils ne puissent voir que le fond de celle-ci.
    Un feu, allumé sur une colline derrière eux, projette sur le fond de la caverne les ombres de ceux qui passent devant elle et des objets qu'ils portent, et un écho leur envoit le son déformé des voix.
    Les prisonniers croient sincèrement que ces sons et ces ombres sont réels.
    Si on détachait un prisonnier, et si on l'obligeait à regarder les passants et leurs objets, ii n'en croirait pas ses yeux. La lumière l'éblouirait et encore bien davantage la vision du soleil lui-même.
    Il faudrait que le prisonnier s'habitue progressivement à regarder les passants et leurs objets, puis la lune et les astres, et enfin le soleil lui-même.
    Mais si le prisonnier était, après cette expérience, réenchaîné dans la caverne, celà serait pour lui insupportable - d'autant que les autres prisonniers ne voudraient pas le croire quant à la réalité du monde extérieur.

    Seuls les magistrats-philosophes, au terme d'une longue éducation sélective, peuvent s'évader de la caverne, du monde des apparences, pour s'élever à la connaissance des Idées et découvrir ce qui est Juste, donc le Droit.

    Mais, si les magistrats-philosophes peuvent connaître le Juste et dire le Droit, ils ne peuvent communiquer cette connaissance aux hommes sans éducation, qui ne peuvent comprendre.
    C'est pourquoi les magistrats-philosophes qui gouvernent sont obligés de tromper le peuple ignorant, dans son propre intérêt, et notamment en lui faisant accroire que tous les citoyens sont frères.
    Et c'est pourquoi le Pouvoir politique, exercé par les magistrats-philosophes, ne peut être qu'absolu.

    Cependant, de fait, la Cité idéale est difficile à mettre en oeuvre, et Platon en fait l'amère expérience à Syracuse.
    C'est pourquoi, à la fin de sa vie, il écrit Les Lois.

    2.5. Les Lois.

    Dans la Cité idéale, La République, le gouvernement est parfait, et, en conséquence, des lois ( du droit positif écrit, au sens moderne du terme, général et impersonnel) s'imposant à tous ne peuvent exister car, la situation de chacun étant particulière, il ne serait pas Juste que l'on applique à chacun des lois qui ne peuvent être que générales.
    Le gouvernement des magistrats-philosophes est Juste parce qu'il impose à chacun ce qui est bon pour lui. Ses décisions ne peuvent donc qu'être individualisées.

    Mais, par contre, dans une Cité qui ne connaît pas le gouvernement des magistrats-philosophes il serait Injuste de laisser des ignorants régenter la vie sociale.
    C'est pourquoi Platon donne, dans Les Lois, aux grecs de son époque, les conseils nécessaires pour que la vie de la Cité soit la meilleure possible.

    Pour ce faire les lois devront réglementer, jusque dans le détail, la vie de tous et dans tous les domaines :
    - toute la vie politique et administrative,
    - toute l'activité économique, par la composition de la population productive, la répartition des terres, la distribution des richesses, le contrôle des changes ...
    - toute la vie privée, par le contrôle des mariages et des naissances, de l'éducation qui demeure le premier souci de l'Etat, des moeurs et des croyances.

    Le contrôle de l'Etat est total. Cependant, chez Platon, l'Idéal théorique à atteindre n'est pas la puissance de l'Etat, de la Cité, mais le triomphe du Juste - par l'harmonie sociale obtenue gràce à un système qui permettra la perfection morale du citoyen.

    Karl Marx (1818-1883)

     

    Un socialisme dit "scientifique"

    Karl Marx affirme dans le Manifeste communiste de 1848 (Manifeste pour la Ligue des communistes, société secrète de propagande révolutionnaire créée pendant l'été 1847) que "L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes", la lutte de la classe dirigeante des oppresseurs et de la classe dirigée des opprimés.
    Mais, selon lui, grâce à la révolution prolétarienne la société sans classes, donc sans domination, pourra s'instaurer, définitivement ... (Les croyants sont aujourd'hui beaucoup moins nombreux qu'après la deuxième guerre mondiale, et beaucoup plus discrets. Toutefois certains persistent, tout en étant critiques, notamment Roger Garaudy, Souviens-toi, brève histoire de l'Union soviétique, Le Temps des cerises, Pantin, 1994.)

    1. La vie et l’oeuvre

    Karl Marx est né à Trèves en 1818. Son père, Hirschel Ha Levi, qui est avocat et qui est issu d’une famille de rabbins et de marchands, s’est converti au protestantisme pour pouvoir exercer sa profession. Sa mère est Henrietta Pressburg Hirshel. Karl Marx est baptisé dans le luthérianisme en 1824.

    En 1835 il est envoyé par son père à la Faculté de droit de Bonn mais, s’étant fiancé à la fille d’un conseiller d’Etat prussien contre l’avis de ses parents et celui des parents de la jeune fille, Jenny von Westphalen, il est éloigné à l’Université de Berlin en 1836.

    De 1836 à 1841 Karl Marx fait des études de droit, de philosophie et d’histoire. Il fréquente le milieu des jeunes hégéliens de gauche (disciples radicaux du grand philosophe Friedrich Hegel, 1770-1831). En 1841 il est reçu docteur en philosophie (Differenz der demokritischen und epikureischen Natur-philosophie, Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Epicure) mais ne peut entrer dans l’enseignement comme il le souhaiterait à cause de ses opinions politiques. Il devient journaliste puis rédacteur en chef d’un journal démocratique révolutionnaire qui est interdit par le gouvernement prussien.

    En 1843, son père étant décédé en 1838, Karl Marx épouse Jenny von Westphalen et quitte en octobre Berlin pour Paris où il fréquente les milieux socialistes. En 1844 il rencontre le fils d’un grand industriel du textile, Friedrich Engels (1820-1895), qui lui accordera son assistance.

    En 1844 il publie dans l’unique numéro des Deutsch-französische Jahrbücher (Annales franco-allemandes) deux articles : Zur Judenfrage, La Question juive ( Enzo Traverso, Les Marxistes et la question juive, hitoire d’un débat (1843-1943), La Brèche-PEC, Paris, 1990) et Zur kritik der hegelschen Rechtsphilosophie, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel.

    En 1845 il publie avec Engels et contre les hégéliens de gauche, La Sainte famille ou critique de la critique critique, et rédige des manuscrits qui ne seront publés qu’au XXème siècle, Les manuscrits économico-philosophiques, 1844, et L’idéologie allemande, 1845.

    Ayant été expulsé du territoire français à la demande de la Prusse Marx séjourne à Bruxelles de 1845 à 1848. En 1847 il publie Misère de la philosophie en réponse à l’ouvrage de Pierre-Joseph Proud’hon, Philosophie de la misère. En 1848 il publie en collaboration avec Engels l’ouvrage de propagande Le Manifeste communiste.

    Expulsé de Belgique début 1848 Marx séjourne en France de mars à juin puis se rend à Cologne où il fonde un journal révolutionnaire, qui fait faillite et lui laisse de lourdes dettes.
    Expulsé de Rhénanie en 1849, et après un bref séjour à Paris, Marx se rend à Londres où il séjournera jusqu’à sa mort en 1883. Jusqu’en 1860 sa situation matérielle est très précaire mais son ami Engels ayant hérité des entreprises textiles de son père à cette date peut alors lui assurer un revenu régulier, un autre ami, Wilhem Wolff) lui léguant par ailleurs sa fortune.

    Pendant la période 1848-1883, qui est considérée par les marxologues comme étant la période de maturité, Karl Marx publie : Die Klassenkämpfe in Frankreich, Les luttes de classes en France (1850), Le 18 brumaire de Louis Bonaparte (1852), Contribution à la critique de l’économie politique (1859), Das Kapital, Kritik der politischen Oekonomie, Le Capital, critique de l’économie politique, livre I (1867), La guerre civile en France (1871), Zur Kritik des sozialdemokratischen Parteiprogramms, Critique du programme de Gotha (1875).

    Après la mort de Marx, Engels publie les livres II et III du Capital en 1885 et 1894 et Kautsky les théories sur la plus-value en 1905-1910 sous le titre français Histoire des Doctrines économiques. Les oeuvres de jeunesse de Marx seront publiées en 1932 et les Principes de la critique de l’économie politique en 1939-1941.

    2. La philosophie du droit de Karl Marx : par la lutte des classes vers l’association dans la Société sans classes

    2.1. La lutte des classes

    Selon Marx la cause fondamentale de l'évolution historique est économique.

    L'Histoire humaine est le résultat de rapports sociaux qui s'imposent à la volonté des hommes. Ces rapports sociaux expriment la contradiction existant entre les forces (moyens) économiques de production, c'est à dire les hommes et leurs outils, et les rapports de production ou leur expression juridique, c'est à dire le système juridique de propriété.

    Les rapports sociaux sont variables selon les modes de production. Et la contradiction, qui est aliénation, produit la lutte des classes.

    2.1.1. Les modes de production

    Marx distingue les étapes de l'histoire humaine d'après les régimes économiques et détermine ainsi quatre modes de production :

    1°- le mode de production asiatique (Karl Marx, Contribution à la Critique de l'économie politique, 1859, Ed. Sociales, Paris, 1972 , p.3.), qui se caractérise par la subordination de tous les travailleurs à l'Etat, c'est à dire à une classe bureaucratique, comme la classe des mandarins en Chine;

    2°- le mode de production antique, qui se caractérise par l'esclave, c'est à dire par la subordination de l'esclave à l'homme libre, comme dans l'Empire romain;

    3°- le mode de production féodal, qui se caractérise par le servage, c'est à dire par la subordination du serf au noble, propriétaire de la terre, comme au moyen-âge en Occident;

    4°- le mode de production bourgeois, qui se caractérise par le salariat, c'est à dire par la subordination du salarié au bourgeois, propriétaire des moyens de production dans les pays capitalistes.

    Quel que soit le mode de production deux classes sociales s'opposent, à cause de l'aliénation des rapports sociaux.

    2.1.2. L'aliénation

    L'aliénation économique - qui est l'infrastructure de la société - est la source de toutes les autres aliénations : sociale, politique, religieuse et philosophique - qui constituent la superstructure.

    L’infrastructure

    La nature de l'Homme est de construire le monde, et donc de se construire lui-même, par le travail productif, et non par la spéculation sur le travail de l'Autre. En conséquence l'Homme doit produire et être maître de son produit.

    Dans la société capitaliste le prolétaire et le capitaliste sont aliénés : le prolétaire, le salarié non-propriétaire de moyens de production, est aliéné car pour lui le travail n'est qu'un moyen de subsistance et non un moyen d'épanouissement ; le capitaliste est lui-même aliéné car il ne produit pas et le travail des salariés prolétaires n'est pour lui qu'une source de profits.

    La superstructure

    L'aliénation économique conduit à l'aliénation sociale, c'est à dire à l'antagonisme de la classe des prolétaires et de la classe des capitalistes, alors que la Société devrait être harmonieusement unie.

    L'aliénation sociale conduit à l'aliénation politique car pour conserver sa position économiquement et socialement dominante la classe des capitalistes doit contrôler l'Etat, c'est à dire l'administration et le droit positif.

    L'aliénation politique conduit à l'aliénation religieuse ( Ludwig Feuerbach, Das Wesen des Christentums, 1841, L'Essence du christianisme, La Découverte, Paris, 1982. Sigmund Freud, Die Zukunft einer Illusion, 1927, L'avenir d'une illusion, PUF, Paris, 1971.) et philosophique car la classe dirigeante des capitalistes doit légitimer son pouvoir en utilisant Dieu et/ou la Nature, en fondant son droit positif sur le droit divin et/ou naturel.

    Quel que soit le mode de production économique, une classe dirigeante exploite la classe des dirigés. Selon Marx cette situation d'oppression de l'Homme par l'Homme ne sera pas éternelle. Un jour la Société sera sans classes.

    2.2. La Société sans classes

    La révolution prolétarienne permettra la dictature du prolétariat, qui aboutira au dépérissement de l'Etat et du droit, c'est à dire à l'instauration d'une société sans classes sociales, d'une libre association de personnes libres.

    2.2.1. La révolution prolétarienne

    Le développement logique du système capitaliste conduit à la concentration du capital et à la paupérisation des salariés, donc conduit à sa mort.

    Concentration et paupérisation

    Pour accroître ses forces de production, soumises à la concurrence internationale, la bourgeoisie doit procéder à des concentrations d'entreprises. Cela a pour effet de faire tomber dans le prolétariat l'échelon inférieur des classes moyennes, les petits paysans, les artisans, les petits commerçants, les petits industriels.
    Cela a également pour effet de maintenir les salaires au minimum alors que les profits des propriétaires capitalistes sont maximalisés, d'où une paupérisation du prolétariat.

    Conséquences

    Devant cet état de fait les salariés prendront conscience de leur intérêt commun, leur intérêt de classe opprimée, et lutterons contre un système qui, en définitive, s'effondrera de lui-même, les capitalistes n'étant plus qu'une infime minorité face aux salariés prolétaires.

    2.2..2. La domination du prolétariat

    Par la nationalisation de l'infrastructure et ses conséquences sur la superstructure la domination du prolétariat aboutit, selon Marx, au dépérissement de l'Etat et du droit.

    La nationalisation de l'infrastructure

    Le prolétariat ayant pris le pouvoir politique utilisera l'administration et le droit positif pour nationaliser les instruments de production et augmenter la quantité des forces productives.
    Le prolétariat utilisera sa domination de classe pour détruire le mode bourgeois de production, en substituant l'appropriation collective à l'appropriation privée des moyens de production.

    Conséquences sur la superstructure

    En détruisant le mode bourgeois de production c'est l'aliénation économique qui est détruite.
    L'aliénation économique étant détruite toutes les autres aliénations sont détruites.

    Le dépérissement de l'Etat et du droit

    Toutes les aliénations étant détruites les classes sociales disparaissent.
    Les classes sociales disparaissant l'Etat et le droit disparaissent, puisque l'Etat est l'appareil oppressif d'une classe sur une autre classe utilisant le droit comme moyen de contrainte.
    La dictature du prolétariat aboutit donc, selon Marx, à la suppression de l'exploitation de l'Homme par l'Homme et à la constitution d'une libre association de personnes libres.

    (Pour un premier bilan après l'effondrement de l'Urss au début des années 1990 : Stéphane Courtois et autres, Le livre noir du communisme, crimes, terreur, répression, Robert Laffont, Paris 1997; et sur les méthodes notamment utilisées pour construire "l'homme nouveau" : Grigore Dumitrescu, L'Holocauste des âmes, Munich 1978, Librairie roumaine, Paris 1997.)

    2.2.3. La libre association des personnes libres

    L'Etat et son droit oppressif sont remplacés par une libre association "où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous".

    Cette libre association n'est pas de nature anarchique. Une autorité publique subsiste, qui est aux mains des communistes, ceux qui savent dans quel sens va l'Histoire et qui sont résolus à accélérer sa marche vers la construction d'un "homme nouveau", l'Homme communiste, l'Homme enfin libre.

    Selon Marx cette libre association, en permettant à l'Homme de se réaliser pleinement, ne peut aboutir qu'à la prospérité matérielle et à l'harmonie sociale, par le triomphe d'une morale altruiste librement assumée ...

    Et, selon lui, cette libre association sera celle des Hommes du Monde entier, elle sera internationale.

    3. Le marxisme d'Etat

    Contrairement aux prévisions de Marx, qui pensait que la révolution socialiste éclaterait dans les pays capitalistes développés comme l'Allemagne ou l'Angleterre, le socialisme ne s'est implanté que dans des pays moins développés ou sous-développés, comme la Russie de 1917 ou la Chine de 1949, la Yougoslavie, l'Albanie, la Corée du Nord, le Vietnam, Cuba, ... à moins qu'il n'ait été imposé par la force des armes comme en Europe de l'Est après 1945.

    Dans ces Etats le marxisme est devenu une idéologie d'Etat sous la forme officielle classique de marxisme-léninisme, ou avec des variantes comme le stalinisme ou les pensées Maozedong, Kim Il Sung, Enver Hodja.

    L'idéologie d'Etat est utilisée pour imposer de nouvelles structures économiques et sociales, centralisées et interventionnistes, ayant pour objectif le développement national et, si possible, l'expansionnisme impérial (URSS, Vietnam....), selon le schéma fonctionnel indo-européen (souveraineté politico-idéologique, forces armées, forces de production) dans lequel l'économique est subordonné au politique qui est, au moins théoriquement, subordonné à l'idéologique.

    -----------------

    (Pour certains (Wim Beuken et autres, Concilium n° 245, Le Messianisme dans l'histoire, Beauchesne, Paris, 1993) le marxisme est bien un messianisme, le messie étant le prolétariat et l'objectif le bonheur de tous sur la terre, et non pas post mortem et pour l'éternité.
    Comme l’on sait le marxisme a enthousiasmé la diaspora juive d’Europe de l’Est. Lénine lui-même a une mère juive, issue d’une famille bourgeoise, convertie à la religion orthodoxe (Dimitri Volkogonov, Le Vrai Lénine, Robert Laffont, Paris, 1995).

    "Marx, comme on sait, est juif ou du moins est d'origine juive, puisqu'il a été converti par son père à l'âge de six ans au protestantisme. Son grand-père paternel, Marx-Levy, avait été rabbin à Trèves jusqu'à sa mort en 1789 ; son oncle paternel (Samuel, NDA) avait été grand rabbin du département de la Sarre et membre du grand Sanhedrin ; sa grand-mère paternelle descendait d'une lignée de rabbins célèbres depuis le XVIème siècle, tels que Jehuda ben Eliezer Halevy Minz (mort vers 1508), Meir Katzellenbogen, directeur de la Yechiva de Padoue (mort en 1591), Josua Heschel Lvov (1693-1771) ; sa mère, de son côté, était elle-même issue d'une famille de rabbins hollandais" in Francis Kaplan, Marx antisémite ? Imago/Berg International, Paris, 1990, p. 50. "...Herschel, le père (de Marx, NDA), devint au contraire avocat et se maria avec Henriette Presborck, descendante d'une famille de rabbins hollandais. Avocat, homme cultivé et ouvert aux idées du rationalisme des Lumières, il se convertit au protestantisme vers la fin de 1816 ou au début de 1817, changeant son prénom juif, Herschel, en Heinrich. Cette conversion fut imposée par la nécessité : c'était la condition indispensable pour exercer la profession d'avocat après l'introduction des lois qui interdisaient aux Juifs l'accès aux fonctions publiques. ..." in Enzo Traverso, Les Marxistes et la Question juive, Préface de Pierre Vidal-Naquet, 316p., La Brèche, Paris, 1990, p.255 note 9.)

    Gustave LE BON (1841-1931)

    Une psychologie sociale réaliste

    1. La vie et l'oeuvre

    Charles-Marie-Gustave Le Bon est né à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir, France), où son père est alors conservateur des hypothèques, le 7 mai 1841.
    Il effectue ses études secondaires au Lycée de Tours puis fait ses études de médecine à Paris, où il obtient son doctorat en 1866.

    Plus soucieux, semble-t-il, de recherches que de pratique médicale il écrit de nombreux articles, fait des communications aux sociétés savantes, publie des ouvrages à succès tel "La mort apparente et les inhumations prématurées"(1866).

    Esprit particulièrement curieux Gustave Le Bon s'intéresse à tout, voyage beaucoup, rencontre les spécialistes de son temps. En 1892, par exemple, il publie un ouvrage qui fait encore autorité, "L'équitation actuelle et ses principes", dans lequel il utilise la technique photographique.

    Ses recherches médicales, tout d'abord orientées vers la physiologie, l'anatomie et la physique, évoluent vers les sciences sociales, ou, plus précisément, de l'anthropologie biologique vers l'anthropologie sociale. Son premier grand ouvrage dans ce dernier domaine est "L'homme et les sociétés"(2 vol., 1881, fac-similé J.M. Place, Paris 1988).

    Puis il évolue de l'anthropologie sociale vers la psychologie sociale, discipline dont il est le père fondateur. Son ouvrage "Psychologie des foules"(1895, rééd. PUF, Paris, 1981) est un succès mondial, qui paraît après "Les lois psychologiques de l'évolution des peuples"(1894, rééd. Les Amis de G. Le Bon, Paris, 1978) et est suivi par "Psychologie du socialisme"(1896, rééd. Les Amis de G. Le Bon, Paris, 1977), "Psychologie de l'éducation "(1902), "Psychologie politique"(1911, rééd. Les Amis de G. Le Bon, Paris, 1984), "Les opinions et les croyances"(1911), "La Révolution française et la psychologie des révolutions"(1912, rééd. Les Amis de G. Le Bon, Paris, 1983).

    En 1914 Le Bon a 73 ans et par "La vie des vérités" (rééd. Les Amis de G. Le Bon, Paris, 1985) ouvre la dernière phase de son existence, marquée par une certaine réhabilitation des croyances religieuses par la science ("Bases scientifiques d'une philosophie de l'histoire"(1931)).

    "Dès l'après-guerre en effet, Le Bon prévoit la Seconde Guerre mondiale, le triomphe des dictatures en Europe, les conflits d'Orient, d'Amérique latine, d'Irlande, la propagation du socialisme, la résurgence de l'Islam avec une lucidité qui laisse le lecteur de nos générations émerveillé" (Catherine Rouvier, Les idées politiques de Gustave Le Bon, PUF, Paris, 1986, p.44).

    2. La psychologie sociale de Gustave Le Bon

    2.1. Les sources irrationnelles

    2.1.1. Les différentes logiques

    Pour Gustave Le Bon il n'y a pas une logique mais des logiques, une logique étant "l'enchaînement des causes déterminant... tel ou tel comportement".

    Les logiques sont au nombre de cinq :
    1- la logique rationnelle, qui est la logique au sens classique du terme ;
    2- la logique affective, ou logique des sentiments, qui est en grande partie inconsciente ;
    3- la logique mystique, qui est consciente et qui relève de la croyance ;
    4- la logique collective, un combiné de la logique affective et de la logique mystique, qui est celle de l'"homme en groupe, en foule" ;
    5- la logique biologique, qui est la cause première parce qu'elle régit la vie de l'individu.

    2.1.2. Le rôle de l'inconscient

    Selon Gustave Le Bon l'être humain est surtout guidé dans la vie par deux sortes de concepts : les concepts ancestraux ou concepts de sentiments et les concepts acquis ou concepts intellectuels :
    1- les concepts de sentiments sont hérités du milieu social, de la "race historique" ;
    2- les concepts intellectuels sont acquis par l'éducation et ne deviennent efficaces que lorsqu'ils ont pénétré dans l'inconscient et sont devenus des sentiments.

    Le Bon distingue trois niveaux d'activité de l'inconscient :
    1- le niveau organique, biologique ;
    2- le niveau affectif ;
    3- le niveau intellectuel.

    Un peuple comme un individu a un inconscient et la base de cet inconscient collectif est formé d'"accumulations héréditaires" formant le caractère de la "race".

    2.1.3. La "race"

    Selon Le Bon "L'histoire d'un peuple ne dépend pas de ses institutions mais de son caractère, c'est-à-dire de sa race" (Lois psychologiques de l'évolution des peuples, p.90).

    Pour Le Bon, selon lequel "il n'y a plus de races pures dans les pays civilisés", il faut entendre par race une "culture et des traditions communes" fondées sur des "accumulations héréditaires".

    Ce qui conditionne la structure de l'inconscient collectif d'un peuple, sa "constitution mentale", c'est la "race historique" à laquelle il appartient :
    "Lorsque des peuples de même origine ou d'origines diverses sans être trop éloignées ont été soumis pendant plusieurs siècles aux mêmes croyances, aux mêmes institutions, aux mêmes lois, ils constituent ce que j'ai appelé d'ailleurs une "race historique" ; cette race possède alors en morale, voire en religion, en politique et sur une foule de sujets, un ensemble d'idées, de sentiments communs tellement fixés dans les âmes que tout le monde les accepte sans discuter" (Les opinions et les croyances, p.169).

    Le Bon est hostile à la mystique allemande de la race pure (notamment : Les opinions et les croyances, p.80).

    2.1.4. Les opinions et les croyances

    Pour Le Bon "La véritable réalité des choses, c'est l'idée qu'on s'en fait" (Psychologie politique, p.363).

    Les idées sont le moteur des civilisations et de l'évolution des peuples.
    Mais "l'étude des diverses civilisations qui se sont succédé depuis l'origine du monde, prouve qu'elles ont toujours été guidées dans leurs développements par un très petit nombre d'idées fondamentales."(Lois psychologiques de l'évolution des peuples, p.104).

    Ces idées fondamentales deviennent des croyances lorsqu'elles sont acceptées comme étant vraies a priori sans qu'intervienne la logique rationnelle, alors que les idées deviennent des connaissances lorsqu'il y a "acquisition consciente, édifiée par des méthodes exclusivement rationnelles, telles que l'expérience et l'observation".

    Si les croyances peuvent changer le besoin de croire demeure qui selon Le Bon "constitue un élément physiologique aussi irréductible que le plaisir ou la douleur. Comme la nature a horreur du vide, l'âme humaine a horreur du doute et de l'incertitude..., les dogmes détruits sont toujours remplacés. Sur ces nécessités indestructibles la raison est sans prise" (Les opinions et les croyances, p.8).

    La science elle-même est soumise aux croyances qui censurent et orientent les recherches et les théories.

    Les croyances font les révolutions lorsqu'elles "descendent jusque dans la profondeur des foules" (Lois psychologiques de l'évolution des peuples, p.108).

    2.2. La logique de l'action collective

    2.2.1. La "foule psychologique"

    Le Bon définit dans son ouvrage fondamental "Psychologie des foules" (PUF p.9) ce qu'il entend par "foule psychologique" :
    "Au sens ordinaire, le mot foule représente une réunion d'individus quelconques, quels que soient leur nationalité, leur profession ou leur sexe, quels que soient aussi les hasards qui les rassemblent.
    Au point de vue psychologique, l'expression foule prend une signification tout autre. Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, une agglomération d'hommes possède des caractères nouveaux fort différents de ceux de chaque individu qui la compose. La personnalité consciente s'évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction. Il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité devient alors ce que, faute d'une expression meilleure, j'appellerai une foule organisée, ou, si l'on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l'unité mentale des foules".

    La "foule psychologique" peut n'être constituée que de quelques personnes réunies ensemble ou du peuple tout entier mentalement soudé par un événement national de première importance.
    Ce qui fait la "foule psychologique" c'est un choc psychique qui transforme les individus en un être collectif doté d'une unité mentale.

    Le substrat de cette unité mentale c'est la "constitution mentale" du peuple, l'"âme de la race" dont la foule est issue mais l'"âme des foules" varie aussi "suivant la nature et le degré des excitants qu'elles subissent"(p.10).

    Ces excitants sont le nombre, la contagion mentale et la suggestion.
    Le nombre donne à l'individu en foule un sentiment de "puissance invincible lui permettant de céder à des instincts, que, seul, il eût forcément refrénés", d'autant "que, la foule étant anonyme, et par conséquent irresponsable, le sentiment de la responsabilité, qui retient toujours les individus, disparaît entièrement"(p.13).
    La contagion mentale est le phénomène d'imitation qui pousse l'individu à faire comme les autres, même si son comportement est manifestement contraire à son intérêt personnel.
    La suggestion relève du phénomène hypnotique. "La personnalité consciente est évanouie, la volonté et le discernement abolis. Sentiments et pensées sont alors orientés dans le sens déterminé par l'hypnotiseur". L'influence d'une suggestion peut lancer l'individu en foule "avec une irrésistible impétuosité vers l'accomplissement de certains actes"(p.14).

    L'individu en foule "n'est plus lui-même, mais un automate que sa volonté est devenue impuissante à guider"."Isolé, c'était peut-être un individu cultivé, en foule c'est un instinctif, par conséquent un barbare. Il a la spontanéité, la violence, la férocité, et aussi les enthousiasmes et les héroïsmes des êtres primitifs"(p.14).

    2.2.2. Les sentiments de la "foule psychologique"

    La "foule psychologique" est crédule.
    Comme les femmes et les enfants la "foule psychologique" croit les choses les plus invraisemblables, c'est qu'elle pense par images et que donc c'est son imagination qu'il faut impressionner :
    "Et c'est pourquoi ce sont toujours les côtés merveilleux et légendaires des événements qui frappent le plus les foules. Le merveilleux et le légendaire sont, en réalité, les vrais supports d'un civilisation. Dans l'histoire l'apparence a toujours joué un rôle beaucoup plus important que la réalité. L'irréel y prédomine sur le réel"(p.35).

    Les images les plus susceptibles d'impressionner les foules sont les images simples et fortes :
    "Tout ce qui frappe l'imagination des foules se présente sous forme d'une image saisissante et nette, dégagée d'interprétation accessoire, ou n'ayant d'autre accompagnement que quelques faits merveilleux : une grande victoire, un grand miracle, un grand crime, un grand espoir. Il importe de présenter les choses en bloc, et sans jamais indiquer la genèse. Cent petits crimes ou cent petits accidents ne frapperont aucunement l'imagination des foules ; tandis qu'un seule crime considérable, une seule catastrophe, les frapperont profondément, même avec des résultats infiniment moins meurtriers que les cent petits accidents réunis"(pp.36-37).

    C'est pourquoi "la foule n'étant impressionnée que par des sentiments excessifs, l'orateur qui veut séduire doit abuser des affirmations violentes". "Connaître l'art d'impressionner l'imagination des foules c'est connaître l'art de les gouverner"(p.37).
    Il faut donc procéder par affirmation, utiliser la répétition et jouer de son prestige personnel.

    2.2.3. Les différentes sortes de "foules psychologiques"

    Il faut distinguer les foules homogènes des foules hétérogènes, les foules anonymes et non anonymes, et les foules électorales.

    Par exemple les clients d'un grand magasin qui se ruent vers la sortie au déclenchement d'un incendie constituent une foule hétérogène anonyme, un jury d'assises une foule hétérogène non anonyme, les sectes religieuses ou politiques des foules homogènes anonymes ou non anonymes, les foules électorales qui sont hétérogènes et anonymes se distinguant par le fait qu'elles ne sont pas nécessairement composées d'individus réunis physiquement dans un même endroit.

    2.3. Les réalités politiques

    Ce n'est pas la raison humaine qui fait l'Histoire :
    "Laissons donc la raison aux philosophes, mais ne lui demandons pas trop d'intervenir dans le gouvernement des hommes. Ce n'est pas avec la raison, et c'est souvent malgré elle, que se sont créés des sentiments tels que l'honneur, l'abnégation, la foi religieuse, l'amour de la gloire et de la patrie, qui ont été jusqu'ici les grands ressorts de toutes les civilisations"(p.67).
    "Il était invraisemblable qu'un ignorant charpentier de Galilée pût devenir pendant deux mille ans un Dieu tout-puissant, au nom duquel fut fondées les plus importantes civilisations : invraisemblable aussi que quelques bandes d'Arabes sortis de leurs déserts pussent conquérir la plus grande partie du vieux monde gréco-romain, et fonder un empire plus grand que celui d'Alexandre ; invraisemblable encore que, dans une Europe très vieille et très hiérarchisée, un simple lieutenant d'artillerie (Buonaparte) réussît à régner sur une foule de peuples et de rois"(p.67).

    Gustave Le Bon critique le régime parlementaire des démocraties occidentales :
    "Le régime parlementaire synthétise d'ailleurs l'idéal de tous les peuples civilisés modernes. Il traduit cette idée, psychologiquement erronée mais généralement admise, que beaucoup d'hommes réunis sont bien plus capables qu'un petit nombre, d'une décision sage et indépendante sur un sujet donné"(p.113).

    Il n'est pas, pour autant, contre la démocratie libérale car :
    "Malgré toutes les difficultés de leur fonctionnement, les assemblées parlementaires représentent la meilleure méthode que les peuples aient encore trouvée pour se gouverner et surtout se soustraire le plus possible au joug des tyrannies personnelles"(p.120).
    Mais il souhaite qu'elle se réforme par l'instauration d'un exécutif fort s'appuyant sur une majorité cohérente :
    "Les grandes questions à résoudre au sein des parlements ne peuvent être résolues qu'avec une majorité fortement groupée autour d'un homme d'Etat capable de la diriger et non avec des majorités de hasard que la même semaine voit naître et disparaître"(Le déséquilibre du monde, 1923).

    Le Bon n'est donc pas hostile au suffrage universel et donne aux candidats des conseils pour manipuler les "foules électorales"(Psychologie des foules, chap. IV, pp.107-112).
    Tout d'abord le candidat doit jouir d'un prestige personnel :
    "La première des qualités à posséder pour le candidat est le prestige. Le prestige personnel ne peut être remplacé que par celui de la fortune. Le talent, le génie même ne sont pas des éléments de succès.
    Cette nécessité pour le candidat d'être revêtu de prestige, de pouvoir par conséquent s'imposer sans discussion, est capitale. Si les électeurs, composés surtout d'ouvriers et de paysans, choisissent si rarement un des leurs pour les représenter, c'est que les personnalités sorties de leurs rangs n'ont pour eux aucun prestige. Ils ne nomment guère un égal que ...pour contrecarrer par exemple...un patron puissant..."(p.107).
    Ensuite le candidat doit flatter les convoitises et les vanités de l'électeur :
    "le candidat doit l'accabler d'extravagantes flagorneries, ne pas hésiter à lui faire les plus fantastiques promesses"(p.107).
    Par contre le programme écrit du candidat "ne doit pas être trop catégorique, car ses adversaires pourraient le lui opposer plus tard"(p.108).

    2.4. La civilisation et ses nécessités

    Ce qui distingue fondamentalement le pays civilisé c'est l'existence dans celui-ci d'une élite d'individus capables "de maîtriser entièrement leurs suggestions sentimentales, c'est-à-dire possédant la faculté qualifiée par les anglais de self-control"(Bases scientifiques d'une philosophie de l'histoire, p.151) et capables d'imposer à la foule un idéal :
    "Peu importe la nature de cet idéal. Que ce soit le culte de Rome, la puissance d'Athènes ou le triomphe d'Allah, il suffira pour doter tous les individus de la race en voie de formation d'une parfaite unité de sentiments et de pensées"(Psychologie des foules, p.124).

    L'idéal qui permet la civilisation revêt le plus souvent une forme morale et religieuse, et c'est l'éducation qui fait l'élite.

    La morale est une nécessité biologique. C'est une notion du bien et du mal imaginée pour faciliter les rapports sociaux et donc pour conserver vivante la société, c'est :
    "L'ensemble des règles servant de guide à la conduite des êtres réunis en société" (La vie des vérités, p.127). Cette morale est variable selon les nécessités vitales de la société considérée.

    La religion, selon Le Bon, synthétise les sentiments, les idées et les besoins d'une race, elle est indispensable pour conduire les foules à la civilisation par le rêve :
    "Passer de la barbarie à la civilisation en poursuivant un rêve, puis décliner et mourir dès que ce rêve a perdu de la force, tel est le cycle de la vie d'un peuple"(Psychologie des foules, p.125).

    S'il faut une religion aux foules c'est dans le sens d'idéologie qu'il convient d'entendre le mot car toutes les convictions des foules revêtent des formes religieuses :
    "En examinant de près les convictions des foules, aussi bien aux époques de foi que dans les grands soulèvements politiques, comme ceux du dernier siècle, on constate qu'elles présentent toujours une forme spéciale, que je ne puis mieux déterminer qu'en lui donnant le nom de sentiment religieux.
    Ce sentiment a des caractéristiques très simples : adoration d'un être supposé supérieur, crainte de la puissance qu'on lui attribue, soumission aveugle à ses commandements, impossibilité de discuter ses dogmes, désir de les répandre, tendance à considérer comme ennemis tous ceux qui refusent de les admettre. Qu'un tel sentiment s'applique à un Dieu invisible, à une idole de pierre, à un héros ou à une idée politique, il reste toujours d'essence religieuse. Le surnaturel et le miraculeux s'y retrouvent également. Les foules revêtent d'une même puissance mystérieuse la formule politique ou le chef victorieux qui les fanatise momentanément.
    On n'est pas religieux seulement quand on adore une divinité, mais quand on met toutes les ressources de son esprit, toutes les soumissions de sa volonté, toutes les ardeurs du fanatisme au service d'une cause ou d'un être devenu le but et le guide des sentiments et des actions"(p.39-40).

    C'est une bonne éducation qui permet de former l'élite nécessaire à la conservation de la société par le rêve.

    Le Bon oppose l'éducation latine, qu'il considère comme étant mauvaise, à l'éducation anglo-saxonne :
    "On agit toujours sans tenir compte de la différence qui sépare les sentiments de l'intelligence. Tout notre système d'éducation latine en est la preuve. La persuasion que le développement de l'intelligence par l'instruction développe aussi les sentiments, dont l'association constitue le caractère, est l'un des plus dangereux préjugés de notre université. Les éducateurs anglais savent depuis longtemps que l'éducation du caractère ne se fait pas avec des livres"(Les opinions et les croyances, p.44).
    Un bonne éducation doit servir à dominer les réflexes héréditaires, qui sont ceux de l'homme en foule, pour lui permettre de garder son self-control, et non à accumuler les connaissances et donc les diplômes.
    L'instruction, qui est accumulation de connaissances, ne doit pas être confondue avec l'éducation.

    Le Bon reproche aux latins de privilégier la mémoire au détriment de l'observation, l'esprit d'initiative, la responsabilité :
    "Tous les universitaires de race latine tiennent pour un principe à l'abri de toute discussion que c'est par la mémoire seule que les choses se fixent dans l'esprit..., de ce principe fondamental...nous avons vu les conséquences.. Les élèves perdent inutilement huit ans au collège et six mois après il ne leur reste plus rien de ce qu'ils ont appris dans les livres"(Psychologie de l'éducation, p.229).

    Muhammad, ou Mohammed, dit Mahomet (vers 571-632)

     

    Prophète religieux, ayant une vie d'homme politique et d'homme de guerre, Muhammad fonde la troisième des religions dites "du Livre", c'est-à-dire reposant sur la bible : le judaïsme, le christianisme et donc l'islam (§ 1).
    Ce dernier développement d'une construction idéologique qui a pour but le contrôle social de populations "dynamiques" va instaurer un système totalisant reposant fondamentalement sur un texte considéré comme étant sacré et donc intouchable, une théocratie islamique (§ 2).

    § 1. La vie et l'oeuvre du prophète Muhammad

    Muhammad (le loué) eat né vers 571 de l'ère chrétienne dans la ville de La Mecque. Son père appartenait à la tribu de Quraysh, spécialisée dans le commerce international. Ses parents étant décédés peu après sa naissance, il est recueilli par un oncle, commerçant aisé, Abû Tâlib. Il travaille, notamment, chez une riche commerçante, veuve, qui organise des caravanes, et serait allé jusqu'en Syrie.
    Bien qu'âgé de vingt-cinq ans seulement, il épouse cette femme qui avait, dit-on, quarante ans, qui lui donne quatre filles et des fils qui meurent tous en bas âge. Il adopte son cousin Ali.

    Notable considéré dans sa ville natale, Muhammad se heurte cependant à l'incompréhension, sinon au mépris, des dirigeants de la cité, aux préoccupations essentiellement matérielles et à courte vue, alors que le peuple a des aspirations communautaires, lorsque Muhammad essaie d'attirer leur attention sur la nécessité d'introduire des réformes dans le gouvernement de la ville.

    Par ailleurs, la religion arabe polythéiste traditionnelle, alors pratiquée, est décadente.
    Les juifs ont dans la région des centres intellectuels riches et puissants.
    Les chrétiens, peu nombreux, pauvres et ignorants, sont, eux, directement présents à La Mecque.
    Les Perses enfin, sous le règne des Xosrô (531-628) sont fabuleusement riches et s'opposent à l'Empire romain d'Orient chrétien. Ils diffusent leur religion monothéiste, le Mazdéisme, la religion de Mazda (Zarathustra dit Zoroastre).
    Muhammad s'instruit de ces doctrines monothéistes et apprend en particulier l'histoire biblique telle qu'elle est connue sur place à cette époque.

    Vers l'an 610, après une retraite dans une caverne de la montagne où il pratique une ascèse de type chrétien, Muhammad, selon la tradition, a une vision.
    Il entend la voix de l'archange Gabriel qui lui transmet les paroles de Dieu, qu'il dictera plus tard à un secrétaire et qui formeront ensuite, remises en ordre, le Coran (qur'ân, récitation).

    Selon le prophète Muhammad Dieu dénonce tout d'abord l'égoïsme des riches qui devront suivre les conseils de Muhammad l'"avertisseur" : se montrer humbles et justes, donner une part de leurs biens aux pauvres et aux orphelins, faute de quoi le Créateur unique et tout-puissant, Allâh, leur demandera des comptes au jour du jugement (Allâh - la divinité - était, dans le polythéisme arabe, un dieu parmi les autres dieux).

    L'appel de Muhammad est accueilli positivement par sa maison, quelques amis, des Mekkois de condition modeste et des jeunes révoltés contre leur milieu mais, évidemment, négativement par les dirigeants.
    Protégé par son oncle Abu Tâlib, Muhammad n'eut pas, dans un premier temps, à souffrir de la persécution, mais après la mort de celui-ci, survenue en 619, il dut se réfugier à Médine avec soixante-dix de ses fidèles.
    Il y parvint avec son conseiller Abû Bakr le 24 septembre 622, année de l'hégire (hidjra, émigration). Entre-temps la pensée du prophète s'était développée et la secte avait pris le nom de muslimun (ceux qui remettent leur âme à Allâh), les musulmans.

    A Médine, Muhammad se révèle être un excellent chef politique et militaire, qui essaie tout d'abord de se rallier la communauté juive, mais sans succès. Après quelques combats victorieux contre les Mekkois, les clans juifs et païens opposés à Muhammad sont éliminés.
    En 625 le prophète est le maître incontesté de la ville de Medine. Entre-temps la religion du prophète s'est arabisée, qui se rattache à Abrâham (Ibrâhîm) par Ismaël, qui auraient fondé la Ka'ba de la Mecque vers laquelle la prière doit s'orienter, et prend des positions anti-juives : ainsi Jésus est reconnu comme étant un grand prophète né d'une vierge. Mais la "révélation" organise en même temps la vie communautaire, notamment du point de vue juridique, dans un sens libéral pour l'époque.

    En 630, La Mecque est occupée par les musulmans et la Cité-Etat de Médine contrôle alors l'Arabie. Muhammad y décède après une courte maladie le 8 juin 632.

    § 2. La théocratie islamique

    Les peuples islamiques sont fiers d'appartenir à l'Umma (Oumma), "la Communauté la meilleure qui ait surgi parmi les hommes", "la nation du Prophète", caractérisée par un vouloir-vivre collectif (quelque fois un peu forcé ...) et soumise aux règles coraniques, des règles qui fondent spirituel et temporel (A) et légitiment le pouvoir d'un chef (B).

    A/ Spirituel et temporel fondus

    Le Coran est le texte sacré, la Loi divine, en principe intouchable, mais qu'il faut bien "expliciter" par la jurisprudence des écoles (2.).

    1. La Loi divine

    Le Coran forme un ensemble indissociable d'affirmations de foi et de règles de vie politico-sociale. On peut dire qu'il existe une fusion du spirituel et du tempore1 propre à l'Islam et qui tend à dessiner les traits d'une Cité islamique, musulmane, idéale.

    Les règles coraniques sont des lois positives divines. Seul Dieu, et, par extension, le Prophète, sont des législateurs.
    Les applications pratiques et concrètes de ces lois relevant d'une intervention de la raison humaine qui permet la recherche personnelle, l'interprétation, l'ijtihâd, la jurisprudence.

    2. La jurisprudence des écoles

    Quatre grandes écoles juridiques se sont rapidement créées qui se sont réparti l'ensemble des musulmans qui appartiennent à l'Islam sunnite, très largement majoritaire, et qui ont fixé chacune une jurisprudence :
    - l'école hanafite, fondée par l'iman Abou Hanifa (v.696-767) en Mésopotamie, qui fut surtout répandue par les Turcs et se rencontre en Turquie, au Pakistan, en Chine ;
    - l'école malikite, fondée par l'iman Malik (710-795) et implantée en Arabie, en Haute Egypte, au Soudan, en Afrique du Nord, en Afrique occidentale ;
    - l'école shafi'ite, fondée par l'iman al-Shafi'i (767-820) et implantée en Egypte ; en Syrie, en Arabie du Sud, en Malaisie, en Indonésie, en Afrique orientale ;
    - l'école hanbalite de 1'iman Ibn Hanbal (780-855) imp1antée majoritairement en Arabie, la plus fondamentaliste.

    Il convient de noter que l'Islam shi'ite, majoritaire en Iran et en Irak, maintient, en théorie, le principe de la recherche personnelle.

    B/ La légitimation d'un chef

    Oui, mais quel chef ? Son mode de désignation divise sunnites et shi'ites (1.), mais ses fonctions sont bien de nature théocratiques (2.).

    1. Le chef dans le sunnisme et le shi'isme

    A l'époque dite classique (les premiers siècles) la "communauté" des croyants s'en remet à un chef, le calife (1'imam chez les shi'ites), le lieu-tenant (celui qui tient le lieu, qui tient lieu de) du Prophète.
    Dans la Cité humaine, c'est lui qui détient, au nom du Prophète, l'autorité et le commandement (c'est le chef de l'exécutif qui est chargé de faire appliquer une loi dont les prescriptions recouvrent à la fois des domaines religieux, civique et politique). C'est lui qui est chargé de maintenir l'unité de la "communauté", qui exerce la charge de la "commanderie du bien".

    C'est à propos du mode de désignation du calife, de l'imam, et des conditions qu'il doit remplir pour être élu, qu'il y eut rupture entre le sunnisme et le shi'isme.
    Le shi'isme, le parti d'Ali, le cousin et gendre du Prophète, ne reconnaît d'imama légitime que dans la descendance du Prophète lui-même qui, explicitement, dans un texte, a désigné Ali comme son successeur et c'est également par un texte, un testament, que l'imam régnant doit désigner, parmi sa descendance mâle, celui qui lui succédera et qui ne peut être que "l'homme le meilleur de son époque", non seulement un "savant" et un "juste", mais encore quelqu'un qui, par un privilège divin qui lui est commun avec les prophètes, est infaillible et irréprochable (ce qui est bien commode pour gouverner ...).

    Dans la pratique le shi'isme se divisa en de nombreuses sectes :
    Les zaydites du Yémen substituèrent l'élection au "testament".
    Les isma'iliens reconnaissent sept imams historiques, avec pour certains une descendance visible, c'est le cas des disciples de l'Aga Khan.
    Les imamites restent attachés à une succession de douze imams dont le dernier, Muhammad al Mahdi, est l'imam "caché" ou "disparu", qui doit revenir à la fin du monde. En son absence, la communauté doit suivre les interprètes des enseignements ou des doctrines de l'imam. L'imamisme est la religion officielle de l'Iran et les interprètes de l'imam sont les Ayatollahs.

    La tradition sunnite est différente.
    Le calife est bien lieu-tenant du Prophète, mais en quelque sorte en tant que premier fonctionnaire de la Cité. Selon la majorité des docteurs (uléma) il doit être désigné par l'élection, comme le furent les preniers califes après la mort du prophète.
    Il est élu par les notables, ceux "qui délient et lient", parmi les membres de la tribu du Prophète (quraysh). Il doit être apte, physiquement et moralement, à remplir sa charge, mais celle-ci ne le rend ni infaillible ni irréprochable.

    2. Les fonctions théocratiques du chef

    Le calife ne détient pas le pouvoir spirituel.
    Aucun homme ne pouvant détenir de pouvoir spirituel sur un autre.

    Il ne possède pas davantage le pouvoir législatif au sens strict du terme, puisque le Coran est la Loi unique.

    Par principe le pouvoir judiciaire devrait lui échapper également puisqu'il appartient à chaque croyant qui est capable de l'exercer, donc avant tout à ceux qui pratiquent l'interprétation, l'ijtihad, puis aux mufti (théoriciens et interprètes du droit coranique, qui remplisent à la fois des fonctions religieuses, judiciaires et civiles) et aux cadi (également juges).
    De fait, l'on peut considérer que le pouvoir judiciaire est délégué aux juges, de même que le pouvoir exécutif aux administrateurs locaux, les walis.

    Cela ne porte pas atteinte au caractère théocratique du système dans la mesure où le calife tient bien son autorité de Dieu en tant que lieu-tenant du Prophète.

    C'est à ce titre que le souverain dispose d'un droit essentiel pour gouverner - le droit d'être obéi.
    Les penseurs islamiques justifient l'obéissance par référence au verset coranique des umara (les émirs, les gouvernants). De même que le croyant doit être totalement soumis à Dieu il doit se soumettre aux ordres du chef, lieu-tenant du Prophète.
    Cette obéissance a un caractère absolu, qui ne souffre ni limites ni exceptions. Ce qui n'est pas sans conséquences lorsque le chef est un paranoïaque ...
    Il ne saurait être question de se révolter, même contre un gouvernant ignorant et injuste. Cela serait impie.
    Les seules réactions possibles sont la prière et le conseil. Car le prince a le devoir d'être juste puisque l'équité est le bien politique absolu ... (Un système absolutiste tout à fait comparable à la théocratie catholique d'Augustin (354-430), un système qui peut justifier la guerre juste, ou guerre sainte, djihad).

    Arthur Koestler (1905-1983) : l'holisme organique

    La vie et l'oeuvre

    Arthur Köstler, dit Koestler, est né à Buqapest, en 1905, dans une famille juive ashkenaze. Son grand-père venait de Russie, sa mère de Prague. Son père est représentant de plusieurs sociétés de textiles allemandes et britanniques.
    Après la 1ère guerre mondiale son père s'installe à Vienne et Arthur Köstler, élève très brillant mais aussi très impulsif, très exalté, entre à 17 ans à l'Ecole Polytechnique.
    A 20 ans, au cours d'une nuit d'étudiants, afin de convaincre un jeune russe du fait que l'Homme est maître de son destin, Arthur Köstler brûle son carnet universitaire et abandonne ses études.

    Il entre dans les milieux sionistes et adhère aux thèses extrêmistes de Ze'ev Jabotinsky (1880-1940).
    Il part travailler dans un Kibboutz en Palestine, mais s'aperçoit rapidement qu'il n'est pas doué pour l'agriculture et revient en Europe en 1927. Son expérience lui inspire deux romans: ''Croisade sans croix" et "La tour d'Ezra".

    Il entre alors dans le groupe de presse contrôlé par la famille juive Ullstein, le plus important groupe de presse de l'Allemagne de Weimar - racheté après 1934, à bas prix, par les nazis, rétabli par les américains à Berlin Ouest après la guerre, racheté par le groupe Axel Springer en 1960.
    Correspondant de presse en Palestine puis à Paris, Arthur Koestler se spécialise dans la vulgarisation scientifique de haut niveau et devient célèbre dans le monde entier en faisant connaitre, notamment, les travaux de Louis de Broglie.
    C'est alors que sa soif d'absolu le conduit, le 31 décembre 1931, à adhérer en secret au parti communiste allemand. Il se rend en URSS en 1932 et revient à Paris en 1933 comme agent secret du Komintern (IIIème Internationale fondée par Lénine en 1919, officiellement dissoute par Staline en 1943, recréée sous le nom de Kominform en 1947 et officiellement redissoute en 1956...).
    Il écrit alors son roman historique "Spartacus" et, pour gagner sa vie, une "Encyclopédie des connaissances sexuelles" sous le nom de Docteur Costler, ouvrage qui est un best seller.

    En 1936 et 1937 il est correspondant de guerre en Espagne, du côté de Franco (renseignement) puis du côté des républicains.
    Les franquistes, vainqueurs, s'emparent de lui et l'emprisonne à Séville. Il y reste trois mois, le temps d'écrire un récit historique sur la guerre d'Espagne, remarqué, "Un testament espagnol" (Albin Michel).
    A son retour d'Espagne il apprend que ses amis juifs communistes Eva et Alex Weissberg, ainsi que son propre beau-frère, ont été "purgés" par Staline. Par ailleurs il a pu constater en Espagne, chez. les républicains, le jeu fractionniste de l'URSS.
    Il quitte donc le Parti communiste et écrit son ouvrage le plus célèbre, qui a un énorme succès, "Le zéro et l'infini" (Calmann-Lévy).
    Arrêté par la police française en octobre 1939 comme "étranger suspect" il est interné en camp de concentration jusqu'en janvier 1940, ce qui lui inspire un nouvel ouvrage "La lie de la .terre". Libéré, puis réarrêté, évadé, il se réfugie en Angleterre jusqu'à la fin de la guerre.

    En 1945 il est correspondant du Times en Palestine et participe, secrètement, aux activités terroristes antibritanniques de l'Irgoun de Menahem Begin.

    En 1948, aux cérémonies d'indépendance de l'Etat d'Israël il est le correspondant du Figaro, du Manchester Guardian et du New York Herald Tribune. Il écrit "Analyse d'un miracle" et devient citoyen britannique.
    Jusqu'en 1952 il séjourne à la fois aux Etats-Unis et en France (à Fontainebleau) et écrit la suite du "Zéro et l'infini" "Le yogi et le commissaire".
    Ses prises de position anti-stalinienne le font rejetter de la classe intellectuelle française alors dominante, très influencée par le communisme. L'Humanité l'accuse de donner des cours de terrorisme à des commandos fascistes dans sa maison de Fontainebleau. C'est la rupture avec Jean-Paul Sartre, alors communiste orthodoxe.

    Désormais installé à Londres Arthur Koestler rédige son autobiographie en deux volumes: "La corde raide" (1953) et "Hiéroglyphes" (1955), et se passionne, notamment, pour la psychologie et la biologie.
    Il écrit de nombreux ouvrages, tous publiés, en France, chez Calmann-Lévy: - Les somnambules (1959), - Le lotus et le robot (1961), - Le cri d'Archimède (1964), - Le cheval dans la locomotive (1967), - Le démon de Socrate (1968). (Ces trois derniers ouvrages ont été réunis dans "Génie et folie de l'homme", Calmann-Lévy 1980), - L'étreinte du crapaud (1971), - Les racines du hasard (1972), - Les calI-girls (1972), - Janus (1978), - La quête de l'absolu (1980), qui est une anthologie commentée des textes les plus significatifs de l'auteur.

    Leucémique et atteint de la maladie de Parkinson, Arthur Koestler se donne volontairement la mort le 3 mars 1983. Sa troisième épouse, Cynthia, âgée de 56 ans, fait de même.

    ++++++

    - La philosophie sociale d'Arthur Koestler: le Holisme

    Ancien sioniste, ancien agent de renseignement de la Russie soviétique, l'URSS, Arthur Koestler a donc abandonner l'action pour la réflexion au début des années cinquante.
    Dans ses ouvrages de fond, publiés à partir de 1959, il entend s'en prendre aux trois "divinités" juives qui dominent l'intelligentsia occidentale du XXème siècle:
    "Marx, Lorelei à grande barbe, posté sur les récifs d'Utopie pour attirer le voyageur; Freud, qui réduit les aspirations spirituelles à des sécrétions sexuelles; et Einstein, vénéré dans l'ardent espoir que la Science va répondre à toutes les questions, expliquer les fins dernières et le sens de la vie".

    L'ennemi, selon Koestler, c'est le réductionnisme messianique qui entend ramener l'Homme à l'un de ses constituants et faire de celui-ci le moteur d'un progrès qui le conduira au bonheur universel et éternel.

    Koestler entend lutter contre toutes les idéologies qui affirment qu'un ensemble n'est rien de plus que la somme de ses parties, ce qui a pour effet de privilégier l'analyse mécaniste sur la synthèse - ainsi s'en prend-t-il, par exemple, à la théorie behavioriste de Watson et de son disciple Skinner -, qui met l'accent sur le conditionnement par le milieu, le comportement humain étant calqué sur celui des rats de laboratoire. Pour Koestler le béhaviorisme est un ratomorphisme.

    Koestler est également hostile à taute théorie qui fait appel au hasard, telle la théorie néo-darwiniste de l'évolution, c'est pourquoi il demeure attaché à la théorie de Lamarck (1744-1829), qui est celle des marxistes orthodoxes, qui attribue les variations organiques à l'action du milieu, favorisée par la tendance adaptative de l'organisme.

    Arthur Koestler propose donc une philosophie de l'Homme antiréductionniste positive, philosophie qui consiste à affirmer que le tout est plus que la somme des parties (un homme plus que la somme de ses organes, un peuple plus que la somme des individus qui le compose). Koestler,qualifie sa philosophie d'holiste (du grec holos, qui signifie entier).

    Pour Koestler les systèmes'vivants sont des ensembles ouverts et hiérarchisés. Le "holon" est un sous-ensemble qui, à la fois, est un tout et la partie d'un tout.
    Les "halons" ont deux faces, comme Janus: l'une est tournée vers le niveau immédiatement supérieur de la hiérarchie - un "holon" plus vaste auquel ils s' intégrent et auquel, ils sont subordonnés; l'autre tournée vers des "holons" subordonnés qu'ils intégrent pour former un tout.
    Toute hiérarchie comporte des niveaux, leur nombre permet de mesurer sa profondeur, et le nombre des "holons" à un niveau donné de la hiérarchie en exprime l'envergure.

    Les propriétés invariables des systèmes, leur fonctionnement, leurs structures, sont déterminées par des règles, des "canons", tandis que leur action dépend très largement de contingences externes.
    Un système vivant n'est pas une addition de parties élémentaires mais une hiérarchie à plusieurs niveaux de sous-ensembles semi-autonomes, se ramifiant eux-mêmes en d'autres sous-ensembles semi-autonomes.
    Ainsi l'être humain constitue le sommet de la hiérarchie organique et l'unité de base de la hiérarchie sociale.

    Tout système ainsi hiérarchisée est, en même temps, ouvert à cause du double visage du "holon" qui, en tant que totalité quasi autonome affirme son individualité spécifique (tendance assertive ou autonomisante), et, en tant qu'élément d'une totalité, fonctionne comme partie intégrée de cette totalité (tendance intégrative ou participative).

    Ainsi Koestler définit-il la conscience comme étant la plus haute manifestation de la tendance intégrative à extraire de l'ordre à partir du désordre, du sens à partir du non-sens, de l'information à partir du bruit.
    L'idéal c'est l'équilibre entre les deux tendances autonomisante et intégrative qui permet l'expression individuelle dans l'expression collective, la réalisation de l'individu dans la réalisation collective (Iain Hamilton: Koestler, a biography, Mac Millan. London, 1982).

    Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829)


    Jean-Baptiste Pierre Antoine de Monet, chevalier de la Marck

    1. La vie et l'oeuvre

    Jean-Baptiste Pierre Antoine de Monet est né le 1er août 1744 à Bazentin en Picardie. Il est le onzième enfant d'une famille de petite noblesse qui se consacre au métier des armes depuis le XVIème siècle.
    Ne pouvant lui acheter une charge d'officier son père le destine à la carrière ecclésiastique. Il entre à onze ans au collège des jésuites d'Amiens. Mais à 17 ans il rejoint les armées du Roi et un fait d'armes lui vaut d'obtenir son brevet d'officier.
    En 1764 il commence à Monaco une collection d'herboriste. Il est blessé aux vertèbres cervicales à la suite d'un chahut entre officiers. Il quitte l'armée.
    En 1770 il est comptable dans une banque à Paris. En 1771 il commence des études de médecine et s'intéresse à l'histoire naturelle, à la conchyliologie (étude des coquilles), à la botanique, à la météorologie. En 1775 il rédige un mémoire, ce qui lui permet de rencontrer Buffon (Georges Louis Leclerc comte de Buffon (1707-1788), qui est l'intendant du Jardin du Roi, dont il devient l'un des protégés. En 1778 il publie la Flore française. En 1779 il entre comme adjoint en botanique à l'Académie des sciences et en 1781 Buffon lui obtient le brevet de correspondant du Jardin et du Cabinet du Roi. Il devient un spécialiste reconnu de la botanique.
    A la Révolution il change son nom en Lamarck. En 1791 il fonde avec des amis le Journal d'histoire naturelle qui traite de minéralogie, de géologie, de l'étude des fossiles, des transformations de la Terre, de l'acclimatation des espèces, de leurs variations et de leur possible transformation. En 1793 il obtient la chaire des animaux sans vertèbres au Museum national d'histoire naturelle, qui vient d'être créé pour succéder au Jardin et au Cabinet du Roi.

    Ses principales oeuvres sont les suivantes :
    - Recherches sur les causes des principaux phénomènes physiques (1793),
    - Recherches sur l'organisation des êtres vivants (1802),
    - Philosophie zoologique (1809),
    - Système analytique des connaissances de l'Homme (1820),
    - Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (1815-1822).

    2. Le transformisme de Lamarck

    La première théorie évolutionniste a donc été élaborée par Lamarck.
    Lamarck soutient que le créationnisme de la Bible est incapable d'expliquer les phénomènes, constatés par les scientifiques, d'adaptation des espèces vivantes à leur environnement, au milieu dans lequel elle vivent, à leur "écosystème" comme l'on dit aujourd'hui.
    Lamarck propose une théorie relativement simple qui permettrait d'expliquer rationnellement ces modifications adaptatives : tout organisme vivant est soumis à deux tendances, une tendance à la complication, à la complexification, et une tendance à une meilleure adaptation au milieu, à l'environnement.

    Les changements du milieu et la tendance adaptative ont pour effet de modifier les besoins des espèces vivantes et, en conséquence, de modifier leur comportement - ce qui entraîne l'usage de certaines parties de l'organisme et le non-usage de certaines autres, l'usage et le non-usage ayant un effet positif ou négatif sur le développement des organes.

    Pour Lamarck les modifications ainsi obtenues, consécutives à l'influence du milieu, deviennent héréditaires et sont donc transmises aux enfants par les parents.

    Toutefois, selon Lamarck, il ne peut s'agir que de modifications fondamentales, qui sont acquises en réponse à des défis intenses et persistants du milieu écologique, poursuivis pendant des générations.

    Par exemple, il a fallu que la girafe, pour subsister, allonge son cou, lorsque les changements écologiques l'on obligé à brouter les feuilles des arbres. La girafe s'est adaptée au milieu, en allongeant un cou qui, il y a plus de 10 millions d'années, n'était pas plus développé que celui d'un okapi, membre, comme elle, de la famille des giraffidés.